Pendant qu'Auchan rabote ses hypers pour les ramener autour de 8000 m², une poignée de magasins garde des surfaces qui paraissent venir d'une autre époque. Huit hypermarchés dépassent encore les 15 000 m² de surface de vente. Voici qui ils sont, où ils se trouvent, et ce qu'ils disent de l'avenir du format.
Le classement
- Carrefour Villiers-en-Bière (Seine-et-Marne) : 24 700 m²
- Auchan Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) : 21 850 m²
- Carrefour Vitrolles (Bouches-du-Rhône) : 20 516 m²
- Auchan Vélizy (Yvelines) : 18 800 m²
- Carrefour Portet-sur-Garonne (Haute-Garonne) : 18 800 m²
- Carrefour Claye-Souilly (Seine-et-Marne) : 18 800 m²
- Carrefour Montesson (Yvelines) : 18 800 m²
- Auchan Roncq (Nord) : 16 000 m²
Un match à deux
Le premier constat est simple : il n'y a que Carrefour et Auchan. Cinq Carrefour, trois Auchan. On ne trouve aucun Leclerc, aucun Hyper U et aucun Intermarché.
C'est l'héritage direct de l'histoire du format. Carrefour a inventé l'hypermarché en France en 1963, à Sainte-Geneviève-des-Bois. Auchan est né à Roubaix en 1961 et a bâti son modèle sur de très grandes surfaces dans le Nord. Ces deux groupes intégrés ont construit les cathédrales des années 70 à 90, au cœur des grandes zones commerciales périurbaines.
De leur côté, les indépendants ont grandi autrement. Ils ont ouvert des magasins plus nombreux, plus proches des clients et dimensionnés pour leur zone de chalandise. Ce choix leur donne aujourd'hui raison.
Des magasins de zone commerciale, pas de centre-ville
La géographie parle aussi. On compte trois magasins en Île-de-France (Villiers-en-Bière, Claye-Souilly, Montesson) et un quatrième juste à côté, à Vélizy. Deux sont dans les Hauts-de-France (Noyelles-Godault, Roncq). Deux sont aux portes de grandes métropoles du Sud (Vitrolles pour Marseille, Portet-sur-Garonne pour Toulouse).
Ils ont tous le même profil : une locomotive de centre commercial régional, un bassin de population énorme et un accès autoroutier. Ces magasins ne vivent pas seulement de leurs propres clients, ils vivent aussi du flux de toute une zone.
À contre-courant du marché
Ce classement arrive au moment où tout le secteur fait l'inverse. Avec son plan « Cap 8000 », Auchan réduit la surface de 66 hypermarchés entre 2025 et 2027 : 157 000 m² en moins au total, avec une cible autour de 8 000 m² par magasin. L'enseigne a vu son chiffre d'affaires au m² baisser de 30 % en quinze ans, jusqu'à 7 973 €. C'est moins que Leclerc (9 561 €) et Hyper U (8 502 €), et loin de Grand Frais (10 600 €).
Pour donner l'échelle, le Carrefour de Villiers-en-Bière fait trois fois la taille de la cible Cap 8000.
Carrefour, de son côté, continue de faire passer chaque année des dizaines de magasins en location-gérance, dont des hypermarchés. Le grand format coûte cher en personnel, en énergie et en immobilier. Le non-alimentaire, qui justifiait ces surfaces, s'est fait prendre par Amazon, les spécialistes et aujourd'hui Temu et Shein.
Le client a changé lui aussi. Un foyer fréquente désormais en moyenne neuf enseignes différentes pour ses courses. Le « tout sous le même toit » n'est plus un argument suffisant.
Pourquoi ils tiennent encore
Si ces huit magasins résistent, ce n'est pas un hasard.
- Leur emplacement ne se remplace pas. Ce sont des zones où aucune enseigne ne pourrait réobtenir aujourd'hui une autorisation pour une telle surface.
- Leur volume est massif. Ce sont historiquement des magasins parmi les plus gros chiffres d'affaires du pays. Quand le flux est là, le m² reste rentable.
- Ce sont des vitrines. Ces magasins servent aussi de lieu de test et de démonstration pour les enseignes : nouveaux concepts de rayons, corners, services.
- Ils ne sont plus tout à fait des hypers classiques. Une partie de leur surface est souvent réaffectée à des corners, des partenaires et des espaces sous-loués. Le chiffre affiché ne veut pas dire 24 700 m² de rayons tenus comme en 1995.
Les derniers de leur espèce ?
Le hypermarché n'est pas mort : le format pèse encore environ 36% du marché et presque tous les Français y passent. Mais le très grand hypermarché devient une exception géographique, réservée à quelques zones où le flux justifie encore la démesure.
Pour les équipes qui y travaillent, c'est un autre métier. Les distances à parcourir, les volumes à mettre en rayon et le nombre de références n'ont rien à voir avec ceux d'un supermarché de 2 500 m².
Dans dix ans, combien de ces huit magasins auront encore la même surface ? C'est probablement la vraie question.