Depuis plusieurs jours, le Sud-Ouest brûle. Plus de 40 000 hectares partis en fumée, des dizaines de milliers d'habitants évacués, l'entrepôt Carrefour de Cestas à l'arrêt, l'Intermarché de Porge qui a échappé de peu aux flammes, des magasins fermés du Cap-Ferret à Biscarrosse en passant par Saint-Médard-en-Jalles et Andernos. Un événement d'une ampleur rare, qui a mis toute une filière sous tension en quelques heures.
Depuis plusieurs jours, le Sud-Ouest brûle. Plus de 40 000 hectares partis en fumée, des dizaines de milliers d'habitants évacués, l'entrepôt Carrefour de Cestas à l'arrêt, des magasins fermés du Cap-Ferret à Biscarrosse en passant par Saint-Médard-en-Jalles et Andernos. Un événement d'une ampleur rare, qui a mis toute une filière sous tension en quelques heures.
Le bilan des fermetures
Plusieurs dizaines de magasins alimentaires et de bricolage ont dû fermer face à la progression des flammes :
- Mousquetaires (Intermarché, Netto, Bricomarché, Roady) : 16 Intermarché et Netto, ainsi que 5 Bricomarché et 2 Roady, ont fermé leurs portes. Thierry Cotillard, président du Groupement, souligne : « Derrière ces fermetures, il y a des femmes et des hommes qui vivent eux aussi des moments d'inquiétude et d'incertitude. »
- Carrefour : l'hypermarché de Mérignac est resté ouvert malgré une dizaine de collaborateurs n'ayant pas pu se rendre sur place, celui de Bègles fonctionne normalement, mais le Market d'Audenge et les magasins de proximité de Lège-Cap-Ferret, Le Canon, Andernos-les-Bains, Arès, Lanton et Biscarrosse sont fermés. Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, salue « l'engagement exemplaire de toutes celles et de tous ceux qui assurent la continuité de nos opérations dans la région ».
- Leclerc : plusieurs centres de la région sont fermés, dont ceux d'Arès, Biscarrosse et Saint-Médard-en-Jalles ; une jardinerie du groupe a été détruite par les flammes. Michel-Édouard Leclerc a « une pensée toute particulière pour nos salariés des magasins d'Arès, Biscarrosse et Saint-Médard-en-Jalles qui sont fermés ». Un directeur régional non alimentaire du mouvement, dont la jardinerie a été emportée par les flammes, écrit de son côté : « Elle n'était pas toute jeune, elle n'était pas parfaite, mais elle avait son style, elle avait son âme. »
La logistique réorganisée dans l'urgence
La fermeture de l'entrepôt Carrefour de Cestas, dimanche, a nécessité une réorganisation rapide : les livraisons ont été reportées sur une quinzaine d'autres sites logistiques du groupe en France (Bages, Bain-de-Bretagne, Béziers, Bourges, Colomiers, Combs-la-Ville, Cormelles-le-Royal, Fleury-Mérogis, Grans, Labenne, Le Mans, Le Rheu, Les Arcs, Plaisance, Presles, Saint-Pierre-de-Chandieu, Sennece, Saint-Vulbas, Thuit, Tigery et Trappes), le temps que les livraisons vers les hypermarchés, supermarchés et magasins de proximité de la région reprennent un fonctionnement normal via les autres entrepôts. Chez les Mousquetaires, deux directions régionales voisines ont pris le relais pour livrer les magasins accessibles.
Sur le terrain, plusieurs salariés témoignent de cette réorganisation en temps réel : centrales et plateformes secondaires redirigeant les chargements hors zone de feu, commandes annulées et reportées vers d'autres magasins, personnel en chômage partiel le temps que l'activité reprenne.
La mobilisation logistique au service des secours
Au-delà de leurs propres magasins, les enseignes ont mobilisé leurs moyens pour les populations évacuées et les services de secours. Carrefour a fait don de plus de 8 tonnes de produits alimentaires et d'hygiène, et a libéré ses salariés sapeurs-pompiers volontaires de leurs obligations professionnelles : « Ils forcent notre admiration », écrit Alexandre Bompard. Les Mousquetaires ont acheminé plus de 40 tonnes de denrées vers le Parc des Expositions de Bordeaux avec Bordeaux Métropole, et organisé des livraisons d'eau pour les pompiers mobilisés ; pour Thierry Cotillard, « tant qu'il faudra être présents, nous le serons ». Chez Leclerc, la coopérative Scaso a fait parvenir plus de 20 tonnes de marchandises aux associations et institutions qui accueillent les sinistrés, ce que Michel-Édouard Leclerc résume ainsi : « On peut être concurrents, mais d'abord solidaires. »
Sur le terrain, des témoignages évoquent également des dons directs de marchandises fraîches et de boissons par des magasins fermés, à destination des pompiers et des habitants, avant que les produits périssables ne se perdent.
Une information qui s'est stabilisée au fil des jours
Dans les premiers jours de la crise, l'information sur l'état exact des magasins a mis du temps à se stabiliser, avec par endroits des informations contradictoires relayées localement, notamment une rumeur, rapidement démentie, sur un magasin du Porge qui aurait brûlé. Ce type de flou est resté circonscrit aux tout premiers jours ; les enseignes ont depuis communiqué des bilans détaillés, magasin par magasin.
Cet épisode illustre une capacité déjà éprouvée par la distribution française : rediriger en quelques heures des flux logistiques majeurs pour maintenir l'approvisionnement d'une région entière, tout en mobilisant des moyens conséquents au service des secours. « On n'est pas e.Leclerc par hasard », écrit le directeur régional cité plus haut ; une formule qui résume bien l'état d'esprit affiché ces derniers jours. Avec la multiplication annoncée des épisodes climatiques extrêmes, cette capacité de réaction (logistique comme humaine, au niveau des équipes en magasin comme des directions) est appelée à devenir un sujet central pour tout le secteur.