Aux États-Unis, la praticité dépasse la santé comme critère d'achat alimentaire

Aux États-Unis, la praticité dépasse la santé comme critère d'achat alimentaire

Deux études américaines publiées à un jour d'écart, mi-juillet 2026, dessinent le même mouvement de fond sous deux angles différents. La première, signée par l'International Food Information Council (IFIC), photographie un basculement inédit dans la hiérarchie des critères d'achat des consommateurs. La seconde, publiée par l'institut Circana, tire les conséquences business de ce basculement pour les marques et les distributeurs. Mises côte à côte, elles racontent une histoire simple : le prix seul ne suffit plus à expliquer les comportements d'achat, et la vraie bataille de demain se jouera sur la pertinence perçue de l'offre.

Vingt ans de stabilité, un an de rupture

Depuis vingt ans, la praticité restait solidement installée derrière le goût, le prix et le caractère sain dans la liste des critères d'achat des Américains. La proportion de consommateurs la citant comme facteur de décision progressait lentement mais sûrement, de 48% en 2006 à 52% en 2025. Un mouvement de fond, mais un mouvement lent.

Cette année, la courbe s'est brutalement infléchie. Selon le Food & Health Survey 2026 de l'IFIC, mené auprès de plus de 3 000 Américains et, pour la première fois, plus de 1 000 Canadiens âgés de 18 à 80 ans, la part de consommateurs citant la praticité comme critère d'achat a bondi à 61% en 2026, contre 52% l'année précédente. Dans le même temps, le critère santé a reculé à 56%, poursuivant une baisse entamée en 2025, quand il était déjà passé de 62% à 57%.

C'est la première fois en vingt et un ans de collecte de données que la praticité dépasse le caractère sain dans ce classement. Kris Sollid, directeur recherche et insights consommateurs chez IFIC, tient cependant à nuancer l'interprétation : ce basculement ne traduit pas, selon lui, un désintérêt croissant pour la santé, mais plutôt une revalorisation de la praticité en tant que telle, à niveau constant sur le critère santé. Le goût, lui, reste le critère numéro un et incontesté à travers toutes les études : 88% des répondants le citent en 2026, contre 84% en 2025. Le prix progresse lui aussi nettement, de 71% à 78%, de même que la durabilité environnementale, de 27% à 30%.

Le niveau de revenu change toute la donne

L'étude IFIC apporte une nuance de poids : la hiérarchie des critères varie fortement selon le revenu du foyer. La praticité reste stable, entre 61% et 64%, sur la majorité des tranches de revenus, mais retombe dans la cinquantaine haute pour les deux tranches les plus favorisées. Le critère santé suit une trajectoire inverse : il grimpe progressivement avec le revenu, de 47% chez les foyers gagnant moins de 20 000 dollars par an à 68% chez ceux dépassant 150 000 dollars annuels. Résultat : chez les foyers les plus aisés, la santé redevient prioritaire devant la praticité.

Pour lire la suite de cet article, vous devez vous connecter