Grand Frais n'a jamais vraiment eu de concurrent frontal. Depuis sa création, l'enseigne a construit un quasi-monopole sur le segment du magasin spécialiste du frais, celui où l'on vient pour la qualité du produit plutôt que pour cocher une liste de courses. Ni Leclerc, ni Auchan, ni Carrefour n'ont jamais réussi à s'y attaquer frontalement. C'est justement ce vide-là que Carrefour a décidé de combler, et le premier magasin ouvert le 3 juillet à Faches-Thumesnil, dans la périphérie de Lille, n'est que la première pierre d'un plan bien plus large.
Réactiver un actif qui dormait dans un coin du groupe
Le choix du véhicule est la partie la plus révélatrice de la stratégie. Plutôt que de créer une marque ex nihilo ou de repositionner un Carrefour Market, le groupe a choisi Match. Un réseau hérité du rachat du groupe belge Louis Delhaize en 2023, aux côtés de Cora, resté cantonné depuis à son territoire historique du Nord et de l'Est de la France, sans jamais dépasser Amiens ou Meaux. Un actif que Carrefour possédait depuis deux ans sans vraiment savoir quoi en faire.
C'est là que le plan devient intéressant : au lieu de partir de zéro, Carrefour a choisi de partir d'un savoir-faire déjà installé. Le format Match, taille intermédiaire, culture de proximité, expertise frais historique, devient le point d'appui de toute l'offensive. Carrefour a même choisi de conserver le nom Match tel quel sur le fronton, sans lui accoler le mot « Frais », pariant sur la seule transformation de l'offre pour ancrer le nouveau positionnement dans la tête du client. Une manière aussi de ne pas braquer les 114 magasins Match existants avant d'avoir prouvé que le concept fonctionne.
L'investissement mis sur la table pour transformer la coque de Faches-Thumesnil, un ancien Auchan puis un « Partisans du Goût » fermé faute de clientèle, donne la mesure de l'ambition. Carrefour ne cherche pas à faire du frais un supplément d'âme sur un magasin existant, mais à repartir d'une feuille blanche sur un format entier : 999 mètres carrés, 9 200 références, 55 % de la surface dédiée au frais, avec de la viande locale à 100 %, y compris du veau du Pas-de-Calais et du Nord que les Match classiques ne proposent pas encore.