On parle beaucoup de digitalisation dans le retail. Mais entre les grandes annonces et ce qui se passe réellement dans les rayons, il y a souvent un gouffre. Erwan Krotoff, fondateur de Retail VR, a construit son entreprise précisément dans cet écart, celui qui sépare la bonne idée marketing de son exécution en magasin. Entretien sur le podcast.
Tout commence par la 3D
Avant de parler de réalité virtuelle ou de merchandising intelligent, Erwan pose un fondement simple. « Le point de départ de toutes ces technologies, c'est la 3D : la capacité à modéliser des objets et des environnements physiques dans un univers virtuel. » De cette brique de base découlent deux grandes familles d'usages : la réalité virtuelle, qui plonge l'utilisateur dans un monde entièrement immersif où il peut se déplacer et interagir librement, et la réalité augmentée, qui vient superposer des objets numériques à l'environnement physique réel.
« En merchandising, la 2D montre un rayon. La 3D montre un magasin entier. »
Entre les deux, il y a eu le métavers, cette promesse technologique qui a enflammé les investisseurs et les directions marketing pendant deux ou trois ans avant de disparaître presque aussi vite qu'il était apparu. Erwan en tire un bilan nuancé : « Le métavers a disparu aussi vite qu'il est apparu, mais il a quand même fait avancer les technologies autour de la 3D et de la collaboration. » Une bulle, certes, mais une bulle utile.
Le vrai problème du retail, c'est l'exécution
Pour comprendre ce que fait Retail VR, il faut d'abord comprendre où le retail perd de l'argent. Pas toujours là où on le croit. « Dans le retail, on peut investir beaucoup d'argent en marketing, mais c'est souvent l'exécution en magasin qui fait la différence. » Une tête de gondole mal positionnée, un packaging qui ne ressort pas dans son contexte rayon, un parcours client pensé en réunion mais impraticable dans les faits — autant d'erreurs qui coûtent cher et qui auraient pu être évitées.
« Le virtuel permet de simuler et tester des projets en amont pour éviter des erreurs lors de l’implantation en magasin. »
Le diagnostic de notre invité est direct : « La mauvaise exécution vient parfois simplement du fait qu'on ne teste pas suffisamment les projets avant leur déploiement. » C'est là qu'intervient la 3D. Avec elle, on peut simuler un nouveau packaging, une PLV ou un parcours client avant même qu'ils existent physiquement. On peut représenter un magasin dans son contexte réel, avec ses rayons, ses meubles, ses contraintes de circulation. Et surtout, on peut se tromper sans conséquence.
La formule qu'il utilise pour résumer l'apport de la 3D au merchandising est d'une clarté redoutable : « La 2D montre un rayon. La 3D montre un magasin entier. »
Une plateforme pour le "perfect store"
Le premier défi que le fondateur a dû relever en fondant Retail VR n'était pas technologique. C'était humain. « Notre premier enjeu a été de simplifier l'accès à la 3D pour des équipes marketing et commerciales qui ne sont pas des experts techniques. » Les outils existaient. Ils étaient simplement inaccessibles aux équipes qui en avaient le plus besoin.