Il n'avait jamais prévu de devenir entrepreneur. Jérôme Fourest, ancien directeur général de la Maison du Whisky et de la Comtesse du Barry, s'est retrouvé à reprendre Banquiz en 2022 à la suite d'un coaching qui a changé sa trajectoire. « Elle m'a dit, vous êtes fait pour être entrepreneur », raconte-t-il. L'idée de la reprise d'entreprise s'est imposée d'elle-même ; une voie taillée pour quelqu'un qui avait déjà accompagné l'Atelier des Chefs de 0 à 10 millions de chiffre d'affaires, et restructuré 60 magasins Comtesse du Barry pour en refonder 45.
Quatre ans plus tard, Banquiz c'est 35 camions-épiceries itinérants, 21 000 foyers clients, et 8,5 millions d'euros de chiffre d'affaires. Soit en moyenne 270 000 euros par camion. Un modèle qui sillonne le grand Massif Central sans jamais demander à ses clients de commander à l'avance. Interview sur le podcast.
Un océan bleu au fond des campagnes
Le problème qu'adresse Banquiz est massif et peu médiatisé. « 11 millions de personnes vivent à plus de 20 km à vol d'oiseau d'un supermarché ou d'un point de vente alimentaire », rappelle Jérôme Fourest. Ce sont les habitants des 30 000 villages sur 36 000 qui n'ont pas de commerce. Un français sur six, environ, coupé des circuits classiques de la grande distribution.
Face à ce vide, Banquiz a construit un modèle qu'il qualifie lui-même d'« océan bleu » : aller là où la GMS s'arrête, sans chercher à lui faire concurrence. « Je ne me considère vraiment pas sur le même métier. Je respecte les modèles de grande distribution parce qu'ils sont nécessaires. Maintenant, on s'occupe des 11 millions de personnes qui restent. »
La mission est simple à formuler : « éradiquer les déserts alimentaires en milieu rural via des camions-magasins qui vendent au particulier des produits locaux régionaux directement chez eux. » Mais l'exécution repose sur un détail qui change tout : l'absence totale de commande préalable. Les 35 à 40 clients visités chaque jour n'ont rien réservé. Ils attendent simplement le passage.
Le café, le congélateur et la confiance
Le rituel est rodé. Le vendeur arrive, s'installe, boit le café, parcourt le catalogue avec le client, ouvre le congélateur ou le placard, range les produits, encaisse et repart en annonçant son prochain passage dans quatre semaines. Pas d'email, pas d'appel téléphonique entre-temps. « On est dans la fracture numérique et nos 21 000 clients habitent dans le grand Massif Central. »