Chez Føtex, près de Copenhague, des robots humanoïdes apprennent à faire la mise en rayon. Pilotés à distance pour l’instant, ils doivent devenir autonomes dès début 2027. Objectif affiché : libérer du temps pour le conseil client.
Ils ont deux bras, deux jambes, et ils apprennent à ranger des paquets de pâtes. Dans un supermarché Føtex de Lyngby, au nord de Copenhague, des robots humanoïdes sont en test pour remplir les rayons. Une scène en vidéo ici qui ressemble encore à de la science-fiction, mais qui pose une question très concrète à tous ceux qui ont déjà vidé des palettes à l’aube : et si la mise en rayon n’était plus faite par des humains ?


Des robots pilotés à distance pour apprendre
Pour l’instant, ces machines ne décident de rien. Chaque geste est commandé par un opérateur humain. C’est justement le but de la phase actuelle : chaque mouvement sert à collecter des données pour entraîner l’intelligence artificielle du robot à saisir, manipuler et ranger des produits aux formes, poids et emballages très différents.
Derrière le projet, on trouve la start-up danoise Hive Robots, qui développe la partie logicielle, et le fabricant chinois Unitree, qui fournit les robots. L’ambition est claire : rendre les machines capables de réapprovisionner certains rayons de manière autonome dès début 2027, principalement la nuit, quand le magasin est fermé.
Ce robot, nous l’avions déjà croisé à la NRF 2026: Retail’s Big Show Europe. Un exemplaire entraîné et piloté à distance y était présenté au public, et nous l’avions partagé avec ce constat : les robots chargés de la mise en rayon sont là. Pas encore totalement autonomes, mais ils ont le mérite d’exister. Quelques mois plus tard, ils ne sont plus seulement sur un stand de salon : ils sont testés en conditions réelles, dans les magasins d’une grande enseigne danoise.
L’expérimentation s’inscrit en effet dans un partenariat de plusieurs années avec Salling Group, premier distributeur danois et maison mère de Føtex, qui exploite plus de 2 000 magasins dans six pays européens. Si le test est concluant, le terrain de jeu potentiel est considérable.
40 à 50% du temps passé à remplir les rayons
Le chiffre avancé par Føtex parlera à tous les employés de GMS : les salariés consacrent entre 40 et 50% de leur temps de travail à la mise en rayon. Une tâche physique, répétitive, souvent réalisée tôt le matin ou tard le soir, et rarement la plus valorisante du métier.
L’enseigne dit vouloir confier progressivement une partie de ce travail aux robots, pour que les équipes se concentrent davantage sur l’accueil et le conseil client. Un discours qu’on entend souvent dès qu’il est question d’automatisation en magasin : on ne supprime pas l’humain, on le déplace vers ce qui a le plus de valeur.
À terme, les robots ne se limiteraient d’ailleurs pas à remplir les rayons. Ils pourraient aussi contrôler les dates de péremption, repérer les produits manquants ou détecter ceux qui ont été rangés au mauvais endroit. Autrement dit, une bonne partie des tâches de contrôle qui occupent aujourd’hui les équipes du rayon.
Encore lents, encore encadrés
Reste que la réalité est encore loin de la promesse. Ces robots sont aujourd’hui plus lents que les employés et nécessitent une surveillance constante. Pour un rayon frais à remplir avant l’ouverture, la question de la cadence n’est pas un détail.
La réglementation danoise constitue un autre frein : elle devra évoluer avant que ces machines puissent circuler et travailler seules au milieu des clients. En attendant, leur usage devrait rester cantonné aux réserves et aux horaires de fermeture.
Ce test ne signe donc pas la fin du métier d’employé de rayon. Mais il montre que la mise en rayon, longtemps jugée impossible à automatiser à cause de la diversité des produits, devient un vrai sujet pour les distributeurs. Dans un contexte de difficultés de recrutement et de pénibilité des horaires décalés, l’argument porte. Reste à savoir combien de temps sera réellement libéré, pour quel coût, et avec quel rôle pour les équipes en magasin. Rendez-vous en 2027 pour voir si les robots de Lyngby tiennent la cadence.