On oublie souvent que derrière chaque produit en rayon se cache tout un maillon de la chaîne, invisible mais essentiel : les fournisseurs. C'est pour éclairer cette face cachée du retail que Louis Hatet, bientôt 30 ans, directeur général de Sanrival Jardin, a tenu à prendre la parole. À la tête d'une entreprise familiale devenue numéro un du sachet de graines en grande surface alimentaire, il incarne cette nouvelle génération d'héritiers qui refusent de considérer la transmission comme un dû. Récit sur le podcast d'une aventure entrepreneuriale et d'une vision du commerce.
Grandir dans les graines
L'histoire commence avec un père, Christophe, qui reprend l'entreprise alors que Louis a deux ans. « Mon frère et moi, on a grandi dedans, en voyant un père partir à la semaine pour avoir des magasins partout en France. » Le futur dirigeant se souvient encore des soirées à dicter les références. « Je me revois gamin avec les bons de commande et les listes de références à lui dicter pour qu'il les sélectionne. » Et des références, il y en a : plus de 700 pour ce semencier qui sélectionne et ensache des semences potagères et florales à destination des jardiniers amateurs.
Mais rien n'était joué d'avance. Louis a d'abord tenu à faire ses armes ailleurs avant de rejoindre l'entreprise familiale. École de commerce, stage dans une startup parisienne d'ubérisation du baby-sitting, puis un tour du monde de plus d'un an. « Ça m'a permis de revenir en France avec un peu plus de maturité, de profondeur d'esprit, et certainement des idées récupérées à droite à gauche. » Après un passage en agence de com spécialisée dans l'automobile, c'est le Covid qui précipite son retour. Le confinement provoque un boom du jardinage, et l'entreprise a besoin de se structurer. Louis rejoint alors le service marketing, avant de prendre la direction commerciale il y a deux ans.
Aujourd'hui, l'entreprise compte une cinquantaine de collaborateurs et vient de franchir un cap. « On a clôturé hier, on est à plus de 10,9 millions, quasiment 11 millions. Une progression de 9 % par rapport à l'année d'avant, ce qui en grande distribution est plutôt joli. »
La transmission n'est pas un dû
Sur la question de la légitimité, récurrente chez les héritiers, Louis a une position tranchée. Il considère que reprendre une entreprise familiale n'est pas un droit, mais une lourde responsabilité vis-à-vis de ceux qui en dépendent. « Je fais partie de ceux qui pensent que l'héritage de la transmission n'est pas un dû et qu'il incombe une forte responsabilité. Derrière, il y a 50 collaborateurs, c'est 50 familles qui comptent sur nous. Je ne dois en aucun cas mettre ça à la poubelle par ego ou par héritage du nom. » Il avait d'ailleurs prévenu son père. « J'étais assez transparent : si je n'y arrive pas, je ne veux pas être un boulet pour l'entreprise, et donc je partirai naturellement. »