Il n'est pas passé par la case chef de rayon. Il n'a pas gravi les échelons d'un organigramme. Alexis, 28 ans, vient du commerce et d'un poste de responsable commercial chez un grossiste en flexible alimentaire. Et pourtant, depuis septembre dernier, il est à la tête d'un Carrefour City à Tassin-la-Demi-Lune, dans la périphérie lyonnaise. Un magasin ouvert dans un bâtiment neuf, dans un pôle commercial fraîchement sorti de terre, avec tout ce que ça implique comme imprévus.
« La veille de l'inauguration, j'avais deux centimètres d'eau dans la réserve. Le jour J, le compteur EDF prenait feu. Des choses qui ont donné des sueurs froides mais qui aujourd'hui me font beaucoup rigoler. »
S'il devait recommencer ? « Oui, sans hésiter. Malgré tout le stress et les cheveux blancs développés depuis septembre, c'était vraiment une superbe aventure, et ça continue d'être le cas tous les jours. ». Il a répondu à nos questions sur le podcast.
Un bon sens paysan plutôt qu'un CV linéaire
Quand on lui demande ce qui l'a attiré vers la grande distribution, Alexis est direct : « C'est un métier où il faut avoir du bon sens paysan. Avec un peu de logique, n'importe qui peut rentrer dans ce monde et s'y plaire. » Ce qui l'a convaincu avant tout, c'est la variété du quotidien. « Il n'y a pas une journée qui se ressemble. »
Son image de la GD était, avant d'y entrer, essentiellement médiatique et pas forcément flatteuse. « J'avais une vision liée aux centrales d'achat. Et puis je me suis rendu compte que la grande distribution, c'était pas que ça. Qu'il y avait des équipes en magasin, des corps de métier, des boucheries. »
Sur Carrefour, son choix s'est construit sur une familiarité presque affective.
« J'ai grandi avec Carrefour. Un peu comme certaines générations ont grandi avec McDo. » Il y ajoute un argument plus rationnel : « C'est une maison qui répond à la plupart des besoins, mobile sur le digital, et je pense que c'est une des enseignes qui a les plus grandes chances de se tourner vers les clients de demain. »
400 à 500 clients par jour, une équipe à 23 ans de moyenne d'âge
Le magasin tourne avec une équipe de quatre salariés, convention collective de la proxie, moins de onze personnes au total. La clientèle est en croissance constante depuis l'ouverture. « On avait commencé par 200-300 clients par jour, on est maintenant à 400-500. »
Sa zone de chalandise est CSP++, avec une forte appétence pour le local. « L'enseigne m'a encouragé à aller sur les produits locaux, parce que mes clients le recherchent. » Il s'exécute avec un projet inédit pour une enseigne de proximité : acheter ses propres vaches en partenariat avec un agriculteur local, pour vendre demain une viande véritablement tracée.
« À partir de l'année prochaine, je vais faire partie des magasins qui produiront leur propre viande. Il n'y a pas plus local. » Les magasins de proxie ont parfois de la boucherie, mais ils n'ont jamais les animaux. « Là, c'est nous qui aurons les animaux. Et si ça fonctionne sur le bœuf, on verra pour aller un petit peu plus loin. »
L'idée dépasse la simple différenciation commerciale : « Montrer aux clients que, même avec une enseigne nationale, on reste proche d'eux et proche de la terre. »
L'humain comme premier outil marketing
Sur la conquête client, la vision d'Alexis n'a rien de technologique. « Le bouche à oreille fonctionne énormément, c'est quasiment notre meilleure publicité. Quand on connaît le nom de famille de ses clients, qu'on les appelle par leur nom à la caisse, ils se sentent valorisés. » Ce lien, il y voit un retour à quelque chose de fondamental. « Les gens ont envie de retrouver les épiciers d'il y a 30-40 ans, à qui ils parlaient vraiment. » Et cette attente, les hypers ne peuvent plus y répondre : « C'est peut-être pour ça qu'ils sont en perte de croissance. »