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« J'ai perdu mon poste de responsable caisse à mon retour de congé maternité » : le congé maternité en grande distribution, des femmes pas toutes logées à la même enseigne

Avoir un enfant est un évènement dans la vie d'une femme. Mais sur le plan professionnel, c'est souvent une autre histoire à écrire avec son employeur. 

Jonathan Le Borgne
Jonathan Le Borgne

En grande distribution, le travail physique, les horaires parfois décalés, le travail en grande distribution n'est pas toujours compatibles avec la vie de parents

Dans une enquête récente interrogeant des femmes dans tous secteurs confondues, 47% des femmes jugent difficile le retour de congé maternité. Source de difficultés, de mésententes, d'incompréhension, les femmes de la grande distribution éprouvent parfois de réelles difficultés à retrouver la situation d'avant grossesse.

Certaines d'entre elles regrettent un manque de dialogue, regrettent un aménagement de leur horaire, regrettent même le non-respect de la Convention Collective... bref, plusieurs femmes travaillant en grande distribution ont partagé leur retour d'expérience. Certains retours frôlent l'irréel. Témoignages.

Congé maternité en grande distribution : ce que dit la loi

La Convention Collective de Gros à Prédominance Alimentaire octroie de nombreux droits aux parents.

Pour les femmes (selon la loi n° 66-1044 du 30 décembre 1966) :

Pour les congés, plusieurs droits :

  • un congé de 14 à 20 semaines consécutives est accordé aux employées en état de grossesse ;
  • les employées peuvent obtenir un congé sans traitement d'une durée maximum de un an pour élever leur enfant ;
    • sur présentation d'un bulletin médical, et sous réserve des vérifications d'usage, des congés pour soigner un enfant malade peuvent aussi être accordés ;
    • à noter aussi que le congé de maternité est indépendant des congés normaux de maladie. Il ne peut entrainer aucune diminution de la durée des congés payés ;

Pour le maintien de salaire :

  • les femmes qui ont au moins un an de présence dans l'entreprise bénéficient d'une indemnité complémentaire à l'indemnité journalière de la sécurité sociale calculée de façon qu'elles reçoivent 75 % de leur salaire pendant les six semaines précédant l'accouchement et 100 % pendant les huit semaines suivantes ;
  • entre un an et cinq ans de présence dans l'entreprise, cette indemnité est accordée uniquement si l'employée reprend son travail dans l'entreprise à la fin du congé de maternité ;
  • Après cinq ans d'ancienneté dans l'entreprise, l'indemnité est accordée, que l'employée revienne ou non dans l'entreprise, et même si l'employée donne sa démission au moment de son départ en congé de maternité ;

À noter aussi que des aménagements horaires sont obligatoires pour les femmes enceintes. Il est possible en effet de soit :

  • de commencer 15 minutes après ET terminer 15 minutes avant les horaires affichés ;
  • OU commencer 30 minutes plus tard que l'heure prévue OU terminer 30 minutes plus tôt que l'heure prévue: « en général, c'est la dernière option qui est pratiquée », explique ici une salariée.

Pour les hommes (selon l'article L1225-16 du Code du travail) :

Les hommes ont également des droits avant et après la naissance de l'enfant.

Avant la naissance :

  • un texte de loi permet au père de s'absenter de son travail pour se rendre à trois examens médicaux obligatoires (les échographies) de suivi de grossesse au maximum. Ce qu'il faut comprendre c'est que le père n'est pas dans l'obligation de poser une RTT ou un congé pour assister à ces évènements. Ces absences ne doivent pas entrainer de perte de salaire et le temps d’absence comprend également le trajet aller-retour. L'employeur ne peut pas refuser cette absence, mais peut demander un justificatif (article L. 2122-1 du code de la santé publique)

Après la naissance :

  • le père bénéficie d'un congé de paternité de 25 jours consécutifs (contre 11 jours avant). Le congé de paternité entraine la suspension du contrat de travail (art. L. 1225-35 du Code du travail) ;

« J'ai perdu mon poste de responsable caisse à mon retour de congé maternité »

Sur le papier, les femmes sont protégées, mais dans les faits, la réalité peut être toute autre : « je suis rentré de congé maternité et ils me l'ont fait payer », témoigne ici une responsable caisse qui a fini par démissionner.

Comme elles, de nombreuses femmes regrettent des traitements difficiles à leur retour : « j'ai travaillé quasiment toute ma grossesse », explique ici une responsable caisse également, « puis j'ai pris mon congé parental et à mon retour j'ai perdu mon poste de responsable. On m'a changé mes horaires. J'ai fini par démissionner », déplore-t-elle.

Idem pour cette autre responsable caisse : « j'ai travaillé toute ma grossesse. À mon retour de congé, mon directeur voulait me faire venir un matin à l'ouverture et me faire enchainer ouverture et fermeture chaque jour, et ce six jours sur sept. Il me disait que mon fils ce n’était pas son problème et qu'il fallait assumer », regrette-t-elle.

Pour celles travaillent en rayon, la situation est aussi complexe. Cette employée frais libre-service raconte : « moi, je suis encore en congé parental. Je dois reprendre le travail en avril. Je n'ai pas d'horaires encore et je ne sais même pas où on va me mettre car je ne pourrais plus faire les inventaires. Aucune compassion », s'attriste-t-elle.

Pour cette responsable fruits et légumes, le congé maternité a été une douloureuse épreuve professionnelle : « j’ai travaillé dans le rayon jusqu’à 6 mois de grossesse avec la manutention que le poste requiert. Je suis partie avec une grosse sciatique. J’aimais mon métier, mais on m’a fait comprendre à mon retour, après 8 ans à tout donner pour l'entreprise, qu’ils préféraient mon remplaçant », raconte-t-elle.

Au drive, avec les difficultés du métier de préparateur, cette employée raconte son désarroi : « c'était l'horreur... mon patron m'a fait travailler au drive jusqu'à mon 7e mois de grossesse. Il a juste légèrement aménagé mon poste en me mettant en caisse », précise-t-elle, « le pire c'est qu'il voulait me mettre à la location de camion jusqu'à mon congé maternité (avec les camions à déplacer sur le parking, ce qui signifiait de monter dans l'habitacle avec mon gros ventre). Au final, j'ai pris un congé pathologique, mais j'ai eu le revers de la médaille puisqu'il m'ont promu responsable du service location alors que je n'en voulais pas. Je suis partie moins de 6 mois après ma reprise ».

Pour cette autre salariée du drive, elle n'a pas eu trop le choix de s'adapter à l'entreprise (plutôt que l'inverse) : « mon employeur a été informé dès le début de ma grossesse. Je souhaitais diminuer mes heures au lieu d'être arrêté complètement, mais ils m'ont dit qu'ils ne faisaient pas de contrat à mi-temps dans mon drive. J'ai fini par me mettre en arrêt ».

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Bon à savoir : vous avez le droit à un entretien de reprise auprès de votre direction. Cette entretien permet de faire le point sur les changements à venir.

Des aménagements spécifiques et des horaires adaptés

Les témoignages ci-dessus alertent. Bien sûr, il y a aussi des magasins « arrangeant » qui proposent des solutions adéquates aux femmes enceintes.

« Pour ma part, je n'ai rien eu à signaler », explique cette jeune maman, « durant ma grossesse j'ai gardé mon poste qui était la boulangerie et j'ai conservé les mêmes horaires. J'avais juste demandé une chaise pour pouvoir m'assoir quand la fatigue était trop présente », explique-t-elle, « au final j'ai même retardé mon congé maternité d'une semaine afin de profiter de cette semaine une fois que bébé était là. J'ai pris 2 mois de congé parental, car je ne voulais pas reprendre en pleine saison (magasin saisonnier). J'en avais informé mon PDG et directeur qui ont bien pris la chose.Et à mon retour, j'ai repris mon poste comme si je n'étais pas partie », sourit cette salariée.

Même récit pour ces salariées : « j'ai été en congé pathologique dès le 5e mois de grossesse. J'ai conservé mes avantages (prime mutuelle) » résume l'une. « Aucun problème de mon côté. Mon chef et ma direction ont bien pris la chose. Mon poste au rayon fruits et légumes a été aménagé. Ils m'ont retiré du rayon pour me mettre à la pesée. J'ai ensuite pris 8 mois de congé pour mon 4e enfant et ma direction a même pris des nouvelles entre temps. À mon retour, j'ai retrouvé la même ambiance », sourit une autre.

Certaines enseignes et magasins vont parfois plus loin que la Convention Collective

Fait notable, certaines enseignes et magasins proposent des actions qui dépassent le cadre de la Convention Collective.

Carrefour (pour les magasins intégrés, pas pour les magasins en location-gérance) propose un aménagement des conditions de travail en réduisant de 30 minutes le temps de travail à partir du début du 4e mois de grossesse. L'enseigne ne propose pas de travail au-delà de 20h pour les femmes enceintes et celles ayant un enfant de moins d'un an.

En tout les cas, il y a encore du dialogue et de l'écouter à instaurer pour faciliter la vie des femmes en grande distribution.

Métier

Jonathan Le Borgne Twitter

Éditeur de Je Bosse en Grande Distribution. Passionné par la transition numérique des entreprises. Consultant, formateur et stratège en communication digitale pour la grande distribution.

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