« Personne ne se bouscule pour prendre la relève » : les chauffeurs routiers alertent sur la difficulté du métier

La crise sanitaire n’a pas arrangé les conditions de travail des chauffeurs routiers. Au contraire.

Jonathan Le Borgne
Jonathan Le Borgne

Ils sont un maillon essentiel à la grande distribution. Sans eux pas de marchandises au quai des supermarchés et hypermarchés de France. Ces derniers mois de crise sanitaire ont largement fragilisé des métiers déjà sous tension depuis plusieurs années. Beaucoup de demandes, mais peu de professionnels sur les routes pour acheminer les marchandises.

Ces tensions ont de quoi s’inquiéter le secteur de la grande distribution qui ne pourrait fonctionner sans ses transporteurs : « on peine à séduire les jeunes à prendre la relève », nous a expliqué un chauffeur interrogé. Selon une enquête, 20% des postes n'ont pas été pourvus sur les continents européen et asiatique au cours de l'année 2021.

Des métiers de chauffeurs routiers sous tensions

Interrogés, plusieurs d’entre eux ont exprimé un ras-le-bol de la profession.

« Une fois qu’on l’a vécu en vrai, ce n’est pas difficile de comprendre pourquoi ça n’attire plus et pourquoi de plus en plus arrête le métier », regrette cet ancien chauffeur routier. En cause, « un salaire jugé trop bas », regrette l’un d’eux, « dans ce métier, que vous soyez bon moyen ou carrément nul ne change presque rien », « un manque de reconnaissance de la profession » souligne-t-il.

Le métier est ingrat, difficile, complexe. Les qualificatifs ne manquent pour exprimer la situation que vivent ces professionnels de l’ombre : « les attentes ne sont pas payées, le salaire est au forfait. Depuis la crise, les attentes en quai s’allongent », précise un confrère, « du coup, quand vous ramenez le salaire au réel au prorata des heures vraiment effectuées, vous êtes en dessous du SMIC. Alors oui, forcément plus personne ne veut faire ce métier », ne s’étonne même plus ce chauffeur routier.

Au quotidien, les chauffeurs racontent également les nombreux irritants dont ils sont victimes : « le manque de considération des automobilistes et les nombreuses incivilités », « le manque de respect de certains de nos clients qui aiment nous faire poireauter », « la difficulté de se garer dans certaines villes » ou encore « les interdictions de circulation ».

« Ce que je déteste le plus ? », interroge l’un d’eux, « le fait d’être parqué comme du bétail sur les plateformes. Le métier a changé ces dernières années ». Pour ce passionné de 34 ans d’activité, « il devient difficile de dresser un portrait positif » : « personne ne se bouscule pour prendre la relève. Beaucoup d’entre nous sont proches de la retraite et personne ne nous remplacera », regrette-t-il.

« Il ne faut pas voir que le côté négatif », conclut tout de même un confrère, « on fait souvent ce métier par passion donc on accepte, mais faut avouer que c’est devenu un boulot de plus en plus difficile moralement ».

La menace d’une paralysie logistique

Comme de nombreuses professions, beaucoup réclament une hausse des salaires et plus de considération. En seconde ligne, les chauffeurs routiers cherchent en ce moment à faire entendre leur voix. Tous réclament une hausse des salaires suite à l’inflation.

Pour lutter, les formations de chauffeurs routiers se multiplient pour attirer des jeunes qui cherchent une place dans le monde du travail. Une solution intéressante qui peine à attirer des candidats.

Pour pallier à ce déficit, la profession va également chercher du personnel souvent immigré. Une solution qui panse les plaises plutôt que de les soigner.

Métier

Jonathan Le Borgne Twitter

Éditeur de Je Bosse en Grande Distribution. Passionné par la transition numérique des entreprises. Consultant, formateur et stratège en communication digitale pour la grande distribution.