« Nous sommes un maillon invisible » : dans le quotidien des préparateurs logistiques

C'est un métier de l'ombre dans le monde de la grande distribution. Et pourtant, les préparateurs logistiques sont une fonction indispensable au fonctionnement des magasins.

Jonathan Le Borgne
Jonathan Le Borgne

En ce moment, les métiers de la logistique recrutent à tour de bras. Difficilement. En cause, un métier réputé difficile avec des horaires contraignants et une cadence souvent qualifié d'infernal. Beaucoup d'entre eux ont accepté de nous raconter les coulisses de ce métier.

Un métier indispensable à la grande distribution souvent méconnu des professionnels en magasin

Les métiers de la logistique sont un « maillon vital et essentiel » au fonctionnement de la grande distribution. Tous les maillons de la chaîne sont importants au fonctionnement du secteur : de la production à la distribution, qu'il s'agisse des usines, des entrepôts, des sociétés de transports, aux magasins tout est lié par un mécanisme désormais bien rodé.

Du côté des magasins, la reconnaissance envers ces métiers est réelle malgré quelques différends parfois : « c'est vrai qu'en magasin, on sait tous qu'on fait partie d’une grande chaîne, que chaque maillon à son importance. Il y a tellement de métiers différents qui jouent un rôle et c’est la somme de chacun à son niveau qui fait que ça peut fonctionner. C’est pour ça qu’en tant que patron de petit magasin de proximité j’ai de bons rapports avec les chauffeurs que je côtoie régulièrement aux livraisons, ils sont le lien aussi important que la préparation ou la vente », indique cet associé.

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Le besoin de réconcilier les préparateurs logistiques avec les magasins

Cependant, tous n'ont pas connaissance de ce à quoi correspond le métier. La demande est réelle pour mieux comprendre leur quotidien : « en magasin, on ne rend pas compte du travail du début de chaîne », explique ce manager, « ça peut être une bonne idée afin de mieux voir les problèmes et échanger avec eux », ajoute-t-il. Une autre consoeur de rajouter : « ça expliquerait peut-être des choses que l'on ne comprend pas toujours à la réception dans les magasins ».

Des immersions en entrepôt sont rares, mais elles existent.

D'ailleurs, dans le sens inverse, des immersions en magasin pour les préparateurs se font plus fréquentes comme ce préparateur qui en a bénéficié : « je travaille dans un entrepôt Auchan et on a participé à un programme qui s'appelle vis ma vie en magasin sur 3 jours. L'objectif était de voir ce qu'il se passait après avoir préparé les palettes pour les magasins et voir l'envers du décor pour comprendre les difficultés des personnes qui travaillent en magasin. C'était très instructif, mais en effet je n'ai jamais vu quelqu'un d'un magasin venir dans notre entrepôt pour voir comment on fonctionne », conclut-il.

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Ils ont quitté la grande distribution pour changer de métier. Ils racontent.

Un métier difficile en proie à de grandes difficultés de recrutement

Clairement, on ne peut pas dire que les métiers de la logistique ont le vent en poupe. Les métiers figurent en ce moment en tête de liste des métiers où la demande est grandissante comme l'explique ce responsable : « actuellement, le marché de l'emploi est très compliqué, je galère à trouver du personnel pour grossir mon équipe de préparateurs ». Pour complexifier la tâche, un autre nous précise qu'il devient aussi « difficile de garder le personnel dans la durée », « le métier n'attire », ajoute un confrère, « ça fait des mois que nous sommes sur la corde raide. Aujourd'hui, même les CDD ne restent plus ».

Faut dire que les métiers de la logistique souffrent à plusieurs points de vue.

Premièrement, les métiers manquent de visibilité : « ces derniers mois, on a beaucoup parlé des grandes surfaces. On oublie presque celles et ceux qui travaillent sur les bases logistiques en ce moment et qui ont un max de boulot. On a le sentiment d'être un maillon invisible de la chaîne alimentaire », regrette ce préparateur.

Deuxièmement, les cadences actuelles obligent les préparateurs à effectuer des heures supplémentaires provoquant des semaines à rallonge : « on débute souvent nos semaines les dimanches soirs et on y passe 50h jusqu'au samedi matin », raconte ce préparateur. « Pour tenir dans ce métier, il faut aimer la cadence », « accepter de travailler de nuit dès sur plusieurs semaines », renchérissent deux autres tout en expliquant la difficulté de trouver parfois « des volontaires pour le travail de nuit ». « On sait que les horaires jouent beaucoup dans la rétention des préparateurs », confirme ce responsable d'entrepôt, « les horaires sont trop variables pour certains qui finissent par quitter le métier », ajoute un autre responsable.

Troisièmement, les taches sont difficiles : « les tâches sont pénibles oui, c'est un travail de force. Mieux vaut être en bonne santé », assure ce préparateur, « c'est un travail très différent de celui des magasins. Le métier est répétitif. On effectue les commandes via la saisie vocale. On conduit une double fourche. On monte les palettes très très rapidement. Tout ça en respectant un quota de colis/heures. Pour avoir travaillé en magasin, oui c'est un autre monde », explique-t-il. Même récit pour ce préparateur : « j'ai travaillé en logistique multi modale. C'est un jonglage permanent. En logistique, le rythme est très intense. C'est constamment à grand rythme, presque un sport ».

Avec cees contraintes, le métier a forcément toutes les peines à être mieux valorisé : « nous avons les mêmes avantages qu'un magasin : « 13ème mois » pour les uns à « 5% du montant d’achat sur sa carte de fidélité » pour les autres, « les salaires, eux, restent bas », regrette ce préparateur.

Autant de questions qui interrogent la grande distribution et qui devient une source d'inquiétude pour un secteur qui a besoin de ses entrepôts pour proposer la meilleure expérience en magasin. Pour les responsables d'entrepôt, le constat pourrait devenir alarmant : « on sait qu'on est à flux tendu. On est conscient que la machine peut se gripper petit à petit si ça dure comme ça », affirme un responsable.

Métier

Jonathan Le Borgne

Éditeur de Je Bosse en Grande Distribution. Passionné par la transition numérique des entreprises. Consultant, formateur et stratège en communication digitale pour la grande distribution.