« Niveau horaire ? Je revis ! » : après des années en restauration, ils ont fait le choix de la grande distribution

Jonathan Le Borgne
Jonathan Le Borgne

La restauration souffre aujourd’hui d’une pénurie de main-d’œuvre. Un phénomène qui s’explique en partie par des reconversions ou de nouvelles orientations suite aux événements de ces derniers mois. Plus avantageuse, plus flexible sur les emplois du temps, la grande distribution attire ces professionnels.

Les professionnels de la restauration ont récemment alerté sur le manque de main-d’œuvre. Qu’ils soient serveurs ou cuisiniers, la restauration a largement souffert de la crise, une pénurie est à craindre pour aider ce secteur à se relever des derniers mois passés.

Pourtant, ce n’est pas le manque de client qui freine la reprise. Au contraire, les clients sont là comme en témoigne ce restaurateur interrogé près de Nantes, « les clients sont au rendez-vous oui, mais désormais je dois refuser des couverts, car mes équipes en cuisine sont en sous-effectif », s’alarme-t-il.

Une des raisons qui l’expliquent : beaucoup de serveurs, équipiers en cuisine se sont tournés ces derniers mois vers la grande distribution pendant que les restaurants étaient fermés. Depuis, certains ont pris goût et semblent avoir trouvé un confort dans ce secteur qui a largement été exposé. Ils racontent.

« La grande distribution c’est le paradis après des années en restauration » 

Cela pourrait presque paraître paradoxal quand on demande aux anciens de la restauration ce qu’ils pensent de la grande distribution.

Sur le papier pourtant le secteur de la grande distribution n’attire pas vraiment. Réputé difficile, physique et avec des horaires contraignants, le secteur a depuis largement déployé des efforts pour assurer le bien-être de ses salariés. Certes, ce n’est pas une généralité, mais la grande distribution d’il y a 20 ans où les managers faisaient des heures à rallonge disparaît progressivement.

Les professionnels de la restauration ont vu dans la grande distribution un secteur dans lequel s’épanouir, tout en gardant l’adrénaline du commerce et le contact client : « au début la grande distribution c’était un choix par défaut », explique pour commencer cet ancien serveur, « mais la restauration, ça n’a rien à voir avec la grande distribution ».

D’autres confirment les propos :  « j’ai travaillé pendant 15 ans en tant que serveur et les conditions de travail sont devenus insoutenables : travail le dimanche et jours fériés, travail de nuit, mais non reconnu, heures supplémentaires non rémunérées, sans compter le stress, la grande distribution, c’est le paradis à côté » , nous raconte cet ancien employé en restauration.

Pour cet autre professionnel, le constat est sans appel compte tenu des désastres sur sa vie privée : « j’ai travaillé plus de 20 ans en restauration et cela m’a coûté très cher : deux divorces, car vie de famille fortement impactée, des conditions de travail qui se sont dégradées ces dernières années », raconte-t-il cet ancien chef de cuisine tout en regrettant, « je ne voyais pratiquement jamais mes filles. J’ai fini par un burnout. La reconversion était inévitable ».

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Une vie de famille retrouvée grâce à la grande distribution

Le mal-être est pesant en restauration. Loin de nous de vouloir prendre partit pour tel ou tel secteur. C’est une réalité. La grande distribution offre à ces professionnels un nouvel équilibre de vie. Nombreux soulignent les avantages du secteur par rapport à la restauration : « les avantages sont réels : meilleurs horaires, une vie de famille, des conditions de travail correctes, de la diversité dans les missions, les possibilités d’évolution, je m’y retrouve plus en grande distribution qu’en restauration », assure cet employé tout en confirmant que « c’est difficile de monter les échelons dans de grosses structures, ce n’est pas mieux dans les petits restaurants ».  

C’est le cas confirmé par cette employée qui, après 20 années comme serveuse, travaille en caisse dans un magasin U : « je revis totalement malgré un planning en 6 sur 7 », reconnaît-elle, « le dimanche est mon seul jour de repos certes, mais à côté de ça, j’ai mes soirées à la maison, je peux poser des vacances, les fériés sont payés double, j’ai un 13ème mois, une prime de bénéfice », liste-t-elle en faisant l’inventaire des avantages du secteur versus la restauration.  « Je travaille qui plus est dans un magasin convivial, à taille humaine », assure-t-elle tout en expliquant avoir gardé « le contact client ».

Même constat pour cette ancienne serveuse aujourd’hui hôtesse de caisse : « j’ai moins mal au dos, je suis moins stressée, j’ ai plus de temps de libre … En bref, je revis », raconte-t-elle sans toutefois renier son ancien secteur, « j’ai adoré mon boulot de serveur, mais au détriment de ma vie privée ».

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La grande distribution, un secteur professionnel exigeant

Attention, pour autant, tous ne tarissent pas d’éloges de la grande distribution : « c’est un choix plus par défaut, car il faut bien vivre », raconte cet ancien cuisinier devenu employé, « faut pas non plus croire que la grande distribution c’est facile tous les jours, mais quel métier ne l’est pas », interroge-t-il. 

Ce qui les a convaincus d’y rester c’est surtout les horaires. Les avis sont unanimes : « niveau horaire, c’est impossible de faire marche arrière quand on a goûté à la grande distribution ».

Même cas de figure avec cet ancien de la restauration qui après 30 ans dans le secteur a fini par travailler en grande distribution dès que les restaurants ont fermés en mars, « puisqu’il faut bien payer les factures, j’ai trouvé une place chez Lidl au début pour faire pont jusqu’à la réouverture des restaurants. %, mais une super équipe et les horaires m’ont séduits et voilà 8 mois plus tard j’y suis toujours et espère y rester ». 

Malgré tout, c’est vrai qu’on retrouve des nostalgiques parmi les témoignages. Nombreux regrettent leur ancien métier pour le relationnel et l’adrénaline des journées : « la restauration manque un peu, mais après le recul sur les dernières années, y’a rien à dire, je me sens beaucoup mieux dans ma vie aujourd’hui », poursuit l’un d’eux. « L’ambiance, le travail en équipe, c’est différent en restauration, mieux sans doute, mais la vie privée l’emporte ».

Métier

Jonathan Le Borgne

Éditeur de Je Bosse en Grande Distribution. Passionné par la transition numérique des entreprises. Consultant, formateur et stratège en communication digitale pour la grande distribution.