Cyberattaque Danfoss : combien va coûter la benne, magasin par magasin ?

Une nuit, un dégivrage forcé, des rayons entiers à la benne. Jusqu’à 150 000 € de perte pour un supermarché, et c’est l’associé qui encaisse. Le calcul, magasin par magasin.
Cyberattaque Danfoss : combien va coûter la benne, magasin par magasin ?

Dans la nuit du 11 au 12 octobre, des pirates ont coupé le froid de centaines de supermarchés. À l’échelle des enseignes, la perte se chiffrera en millions et restera marginale. À l’échelle d’un magasin indépendant, elle peut peser lourd sur l’année. Ce qui s’est passé, ce que ça coûte, qui va payer.

Ce qui s’est passé

Dimanche soir, des pirates ont pris la main sur les systèmes de régulation du froid Danfoss. Ils ont déclenché le dégivrage à distance, en continu, avec une consigne à 50 °C.

Dans les magasins, le phénomène a été constaté au petit matin.

« Mon dégivrage était programmé pour 6h, au lieu de 30 à 45 minutes en temps normal. », explique ici une salariée de la grande distribution

Les pirates ont visé des versions anciennes du logiciel de régulation Danfoss, antérieures à la version 4. Le gestionnaire système en question coordonne l’ensemble des régulateurs frigorifiques d’un magasin.

C’est une seule attaque, mais elle a touché plusieurs enseignes : Intermarché, Coopérative U, E.Leclerc, Monoprix, Carrefour Market. Les enseignes n’étaient pas visées en tant que telles. Les pirates ont visé un système de froid, et tous les magasins qui l’utilisaient dans sa version ancienne ont été exposés.

Le PDG de Coopérative U, Dominique Schelcher, a confirmé dès lundi qu’une cyberattaque frappait depuis la nuit les installations de froid de plusieurs magasins de son réseau. On parle de 80 magasins U.

Intermarché est l’enseigne la plus touchée, mais personne n’est d’accord sur l’ampleur. Les Mousquetaires annonçaient 150 magasins dans un premier décompte, puis 300 dans une note interne.

Tous les magasins n’ont pas été touchés, loin de là. Plusieurs salariés témoignent que leur magasin a été épargné, notamment quand l’équipement frigorifique avait été renouvelé récemment.

Le bilan définitif n’est pas connu. Une chose est sûre : c’est la première fois en France qu’une cyberattaque détruit physiquement de la marchandise en magasin. C’est aussi le sixième incident cyber confirmé dans la distribution alimentaire française en 2026.

Comment un congélateur peut-il chauffer ?

Beaucoup se sont demandé s’il s’agissait d’une intox. Ça n’en est pas une.

Les meubles et chambres froides négatives sont équipés de résistances électriques qui font fondre le givre accumulé sur l’évaporateur. Ce dégivrage est normal : il se déclenche plusieurs fois par jour et dure quelques dizaines de minutes.

Les pirates l’ont forcé en continu. Le meuble ne s’est pas transformé en four. Il a simplement cessé de produire du froid, tout en chauffant ses évaporateurs pendant des heures.

Le calcul, magasin par magasin

Aucun chiffre officiel n’a été communiqué. Voici donc notre méthode, appliquée à trois formats types.

Perte d’un magasin = valeur du stock froid au prix d’achat × part jetée + ventes perdues + frais d’intervention

  • Le stock froid. Le frais et le surgelé pèsent environ un tiers du CA d’un supermarché. Le stock représente une à deux semaines de ventes, et davantage en surgelé.
  • La part jetée. Elle dépend de l’heure de l’alarme et de la réactivité des équipes.
  • Les ventes perdues. Les rayons restent vides le temps de remettre le froid en route et de se faire relivrer.
  • Les frais. Il faut compter le frigoriste en urgence, le nettoyage, l’évacuation des déchets et le constat d’huissier.
FormatCA annuel (hypothèse)Perte estimée par magasin
Proxi (U Express, Intermarché Contact, Carrefour City)3 à 8 M€15 000 à 50 000 €
Supermarché (Super U, Intermarché Super)15 à 30 M€50 000 à 150 000 €
Hypermarché50 à 120 M€150 000 à 400 000 €, voire plus

Estimations JBGD, à affiner avec les remontées du terrain.

L’écart entre deux magasins touchés peut être énorme. Tout se joue dans les premières heures.

« Ils ont piraté à 5 h. On a eu le temps de ranger la marchandise en chambre froide, les frigoristes sont intervenus dans l’heure, tout refonctionnait à 10 h. Rien de jeté. », nous a raconté une salariée soulagée d'avoir sauver la marchandise à temps.

À l’inverse, dans un petit Carrefour City de Rennes, ce sont 9 meubles frigorifiques entiers qui ont fini à la benne, selon un témoin.

Et le coût ne se mesure pas qu’en euros. Il faut vider les meubles, trier, compter, nettoyer, désinfecter, puis remettre en rayon. Pour les équipes du frais, la journée de lundi a été une journée de crise.

Pourquoi ne pas avoir donné la marchandise ?

C’est le reproche le plus fréquent sur les réseaux sociaux. La réponse est simple : un produit qui a rompu la chaîne du froid ne peut pas être donné. Si quelqu’un tombe malade, le magasin est responsable.

S’y ajoute une contrainte d’assurance, comme l’explique un professionnel : « on ne peut pas donner la marchandise suite à une panne, les assurances prennent le relais, un expert doit passer pour compter et vérifier les dégâts, cela peut prendre 2 jours. »

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