Le chiffre tombe à contre-courant de ce qu'on entend dans les débats sur les prix. Sur 100 € de dépenses d'un supermarché type, le bénéfice net s'établit à 2 €. C'est tout.
La première ligne écrase tout le reste : 77 € partent en achats de marchandises, vers les producteurs, les coopératives et les industriels. Avant même de parler de rentabilité, plus des trois quarts de ce qui transite par le magasin repart vers l'amont.
Restent 21 € pour faire tourner le point de vente.
Dans ces 21 €, le classement ne surprendra personne qui a déjà bossé en magasin. La masse salariale et les charges sociales pèsent 10 €, soit près de la moitié du budget de fonctionnement. Viennent ensuite l'énergie et le froid à 2,80 €, les loyers et le foncier à 2,30 €, la logistique et le transport à 2,10 €. Tout le reste, entretien, sécurité, Tascom et taxes, marketing, terminaux de paiement, amortissements, se partage moins de 4 €.

Un modèle qui tient sur deux points
Un magasin, ce n'est pas une machine à marges. C'est un équilibre.
Deux euros de résultat net, ça veut dire qu'une facture d'énergie qui grimpe de 30 % avale 0,84 €, soit plus de 40 % du bénéfice. Une masse salariale qui progresse de 5 % en coûte 0,50 €, un quart du résultat.
C'est là que se logent les arbitrages du quotidien. Les heures d'ouverture, la température des meubles froids, la casse en frais, le taux de démarque. Rien de tout ça n'est du détail quand l'année se joue sur deux points.
Une précision utile : ce sont des chiffres arrondis, sur un supermarché type, à partir de données Insee, Banque de France et publications d'enseignes. La réalité varie fortement selon l'enseigne, la surface et le modèle. Un indépendant propriétaire de ses murs ne lit pas la ligne loyers comme un intégré en location, et un magasin à forte part de produits frais ne lit pas la ligne énergie comme un autre.
L'ordre de grandeur, lui, bouge peu. 77 € pour l'amont, 21 € pour faire tourner, 2 € pour finir l'année.