Il est des vérités que l'on préfère ne pas regarder en face. Le Nutri-Score en est une. Depuis son déploiement progressif dans les rayons français, le débat public s'est surtout concentré sur sa pertinence scientifique, ses guerres d'influence entre lobbies agroalimentaires et institutions de santé, et les querelles sur sa méthode de calcul. Ce qu'on a beaucoup moins examiné, c'est une question plus fondamentale : est-ce que ça marche, vraiment, dans la vraie vie ?
Les travaux présentés le 26 mars 2026 à l'EDHEC par Pierre Chandon, professeur à l'INSEAD et directeur du laboratoire comportemental INSEAD-Sorbonne Université, apportent des éléments de réponse précis, rigoureux, et pour beaucoup, contre-intuitifs. Croisés avec les données territoriales publiées par ShoWhere sur l'indice d'affinité nutritionnelle par département, ils dessinent un tableau beaucoup plus nuancé que le discours dominant — dans un sens comme dans l'autre.
Ce n'est pas un réquisitoire contre le Nutri-Score. C'est une invitation à regarder ce qu'il fait réellement, et ce qu'il ne fait pas, pour en tirer les bonnes conclusions opérationnelles.
1.Le paradoxe de l'adhésion : plébiscité oui, mais pas toujours suivi
Les chiffres d'adhésion au Nutri-Score sont spectaculaires. Dans l'étude Chandon & Indaburu (JAMS 2026), près de neuf consommateurs de fast-food sur dix estiment que le Nutri-Score est une bonne initiative, que cela aide à mieux manger, et que cela donne envie de revenir dans les établissements qui l'affichent. Sur le papier, c'est un carton plein. Un outil populaire, légitime, qui fait consensus.
Mais dès qu'on quitte le déclaratif pour observer les comportements réels, le tableau se fissure. Et c'est là que réside le problème central de toute politique d'information nutritionnelle : l'écart entre ce que les individus disent vouloir faire et ce qu'ils font effectivement face à un rayon ou à une carte de restaurant.
Cet écart n'est pas marginal. Il est structurel. Et les travaux de Chandon le quantifient avec une précision qui devrait alerter tous ceux qui pilotent des stratégies marketing ou des politiques d'assortiment sur la foi d'études déclaratives.

