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« Je suis caissière à bac+5 » : ces hôtesses qui ont fait le choix de la grande distribution... et d'y rester

« Tu vois si tu ne travailles pas mieux à l'école tu ne feras pas d'études supérieures et tu finiras caissière comme la dame », alerte une cliente à sa fille. Ce genre de réflexion, de nombreuses caissières - et caissiers - l'ont déjà vécu. Et pourtant la réalité est toute autre.

Jonathan Le Borgne
Jonathan Le Borgne

De Bac+2 à Bac+5 en poche, nombreux sont ceux à se tourner vers les métiers du commerce en attendant mieux et en attendant que des postes se libèrent dans les secteurs désirés. À défaut de ne pas trouver l'emploi de leur rêve, certains optent vers des métiers accessibles facilement. Le métier d'hôtesse de caisse en est un.

Témoignages avec des salariés dont leur expérience provisoire en grande distribution est devenue permanente.

À la caisse d'un hypermarché avec un bac+5 en poche... en attente d'opportunités qui n'arrivent jamais

« J'ai un bac + 4 », « j'ai une maitrise en Histoire Ancienne », « j'ai un bac+5 en market' com ». Comme beaucoup d'hôtesse de caisse, toutes ont souvent un diplôme qualifié en poche. Elles ont choisi la grande distribution par défaut, car « il faut bien travailler », résument certaines d'entre elles.

Toutes dressent le même constat, le secteur qu'elles ont choisi pour leur étude est bouché. « J'ai fait des études de mode, mais j'ai fini par quitter ce monde de requin », raconte ici une salariée. « J'ai fait des études en marketing, mais il n'y a aucune offre dans ma ville», raconte une autre.

Le monde du travail est difficile. Selon les secteurs, les offres d'emplois sont rares et totalement décorrélées du nombre d’étudiants formés chaque année. Certains secteurs professionnels vendent du rêve depuis des années alors que le secteur est bouché. C'est le cas du marketing, de la communication, où les opportunités sont rares et « où tout le monde veut y aller, mais il n’y a pas de travail », explique ici une hôtesse de caisse. « Depuis des années on envoie des jeunes dans des secteurs complètement bouchés. La communication, ça a l'air très attrayant, mais quand on se rend compte qu'il n'y a qu'un seul poste dans une entreprise et qu'il y a une grosse concurrence sur les offres (1 poste pour 100 CV) faut pas s'étonner de se retrouver avec des profils ou des gens qui font un autre métier par dépit », déplore-t-elle. « Les écoles ont aussi un rôle à jouer. Opportunité, salaire... les écoles vendent beaucoup de rêve aux jeunes et se trouvent démunies arrivés dans le monde du travail », alerte une autre.

Pour cette autre hôtesse de caisse, le monde du travail est semé d'embuches et son métier ne correspond pas à ses aspirations premières : « j'ai un BAC+4 en poche et j'ai du mal à trouver ou à percer dans mon domaine. Du coup, faut bien payer les factures. Et là, c'est le SMIC et c'est soit l'usine, soit des secteurs comme la grande distribution », précise-t-elle tout en racontant son quotidien aujourd'hui, « je n'y suis pas malheureuse, mais j'ai ce sentiment de m'y ennuyer souvent. Pourtant, les collègues sont sympas, mais voilà, il y a toujours ce petit moment où tu gamberges et tu te poses pas mal de questions. Mais il faut avancer, y croire, une vie professionnelle c'est long », résume-t-elle.

Être caissière ce n’est pas un métier facile (surtout quand les clients ne leur facilitent pas la tâche)
Pas sfacile

Quand le métier provisoire devient permanent

Difficile à recenser combien de salariés sont dans cette situation. Elles (et ils) sont sans doute plusieurs milliers à avoir fait des études longues et à travailler aujourd'hui derrière la caisse d'un supermarché. Loin d'être un métier de rêve, l'habitude et la stabilité ont fini par l'emporter comme l'explique ici cette hôtesse de caisse : « j'ai un bac +4 et je suis hôtesse de caisse depuis presque 9 ans... Ce qui ne devait être qu'un travail "en attendant", car il faut bien payer les factures s'est transformé petit à petit en "habitude". Finalement j'aime mon métier même si les horaires sont compliqués, les clients parfois difficiles même injurieux, mais j'ai des collègues extras avec lesquels j'aime travailler et des clients qui viennent "pour moi". Alors oui, ce n'était pas ma vocation, j'ai souvent songé à partir, mais toujours la même question : "pour faire quoi ?" Ce métier m'a appris beaucoup de choses et finalement me correspond plutôt bien... ».

Comme elle, ce métier, nombreuses ont fini par l'accepter : « Il ne faut pas juger un livre à sa couverture », écrit ici une hôtesse. « Être hôtesse de caisse , n' est pas déplaisant du tout. Nous sommes polyvalentes et notre relation avec la plupart des clients est enrichissante, agréable et nous partageons de bons moments. Dommage que notre salaire ne soit pas à la hauteur de notre savoir-faire », raconte ici une hôtesse qui a 38 ans d' ancienneté dans le même hyper.

Choisir ce métier, même par défaut, permet aussi de reconnaitre l'utilité du poste : « pendant le Covid, on était applaudi, car les gens considéraient enfin qu'on était utile à la société. Une hôtesse de caisse permet de délivrer le sésame au consommateur afin de nourrir sa famille. Vive les petits métiers pratiqués par de grandes personnes », s'enthousiasme cette salariée. Le métier se veut aussi enrichissant humainement parlant : « certains clients vous regardent avec supériorité, car ils pensent, dans leur esprit fermé, que je suis le simple caissier qui n'a appris aucune vocation ni métier. Mais, être caissier, c'est avoir de nombreuses compétences, une mémoire incroyable, connaitre les codes produits, une maitrise de soi presque divine pour ne pas faire voler certains clients irrespectueux. On travaille constamment sous pression et toujours avec le sourire, même si on en souffre à l'intérieur ».

Certains profils ont même des histoires particulières. C'est le cas de cet hôte de caisse, d'origine étrangère, et architecte dans son pays d'origine et qui a choisi ce métier faute de trouver mieux : « dans mon pays natal, j'étais architecte. Je dois payer des factures et le seul moyen de le faire c'est de travailler. Mon travail est j'espère temporaire, mais j'admire mon travail actuel. En tant qu'hôte de caisse, j'ai appris tellement de choses que je ne connaissais pas auparavant, sur la personnalité des gens, leur intégrité et leur malhonnêteté, ainsi que sur ma force », résume un autre.

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Un avenir ailleurs... peut-être

La vie professionnelle ne s'arrête pas à une situation professionnelle à un instant T. « Une vie de travail c'est long, très long. Il ne faut pas perdre espoir, on peut faire plusieurs métiers en 40 ans. On peut se former, changer de voie, il suffit de le vouloir, quitte à reprendre les études un jour », explique ici une hôtesse de caisse.

« La grande distribution offre aussi des opportunités », explique une autre. Pour elle qui a commencé comme caissière, elle est devenue chef de caisse et gère une vingtaine de caissières : « je suis dans un magasin avec des patrons qui me font confiance et qui sait peut-être j'évoluerai encore », raconte-t-elle.

D'autres finissent par trouver et changer de voie :  « j'ai enchainé plus d'un an en caisse et j'ai eu une opportunité à côté de chez moi », sourit cette ex-hôtesse, « mais j'ai été assidu dans mes recherches, j'ai développé mes contacts, ça a été dur, mais ça a payé ».

La grande distribution reste au final un important pourvoyeur d'emplois. Si la majeure partie des métiers concernent des métiers d'employés, les opportunités d'évolution sont nombreuses.

Métier

Jonathan Le Borgne Twitter

Éditeur de Je Bosse en Grande Distribution. Passionné par la transition numérique des entreprises. Consultant, formateur et stratège en communication digitale pour la grande distribution.

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