Au E.Leclerc de Plougastel, le magasin se chauffe au bois local

Le système de récupération de chaleur est tout simple et favorise une économie tout comme une économie circulaire : le magasin E. Leclerc de Plougastel-Daoulas travaille, depuis 2016, avec un maraîcher voisin, pour profiter d'un chauffage au bois. Les résultats sont bluffants.
Au E.Leclerc de Plougastel, le magasin se chauffe au bois local
Façade E.Leclerc Plougastel

L'idée était toute simple : trouver une méthode plus vertueuse pour pouvoir mieux se chauffer. C'est le pari dans lequel s'est lancé, en 2016, le magasin E.Leclerc de Plougastel-Daoulas, hypermarché de 3 600m² implanté au sortir de la voie express depuis 1981 et lieu très fréquenté par les habitants de Brest métropole et du Pays de Landerneau.

C'est l'adhérent Jean-Marie de Bel-Air, à la gérance de l'établissement depuis maintenant 15 ans, qui a réussi à nouer un partenariat à l'époque peu commun en grande distribution : « nous avons profité d'être dans un secteur particulièrement agricole pour favoriser une économie plus verte et circulaire, explique ce dernier. Nous savions que l'un de nos voisins producteurs avait développé une importante chaudière à bois. On s'est donc rapproché de lui pour voir ce qu'il était possible de faire pour éviter de continuer de consommer du gaz à outrance - dont le prix n'avait d'ailleurs de cesse d'augmenter ».

La grande distribution mise (à fond) sur les panneaux solaires pour limiter son empreinte énergétique
L’énergie créée grâce au solaire permet aux enseignes de procéder à des économies d’échelle et de réduire leur empreinte carbone.

Une chaudière à bois pour les tomates

Quelque 300 m plus loin à vol d'oiseau, s'étendent les 9 ha du site de Fabrice Gouennou, troisième génération d'une famille de producteurs de tomates sous serres, adhérent de la coopérative Savéol (*) installé à Ty-ar-Menez, depuis 1999.

Dans ses immenses serres chauffées au bois depuis 2006, il emploie 45 salariés à temps plein, voire jusqu'à une centaine de personnes, en comptant les travailleurs saisonniers : « lorsque je me suis installé en 1999, on était d'abord au gaz naturel, et en 2006, on a fait le choix de passer au bois », raconte le maraîcher avec un sourire, montrant l'immense cheminée active. « Nous avons donc mis une première chaudière à bois que nous avons fini par remplacer par une seconde, plus imposante, en 2013, au moment où nous avons logiquement augmenté notre surface de production ».

La chaudière était parfaite pour le site, mais Fabrice Gouennou a rapidement réalisé qu'il pouvait rentabiliser son activité en faisant profite les autres de ce réseau de chaleur : « il est préférable de la faire tourner entre 80 et 100 % qu'à 50 % pour une meilleure optimisation du système. On a donc demandé à nos voisins s'ils souhaitaient, eux aussi, participer à une transition énergétique en passant du gaz au bois de récupération ».

« On vise le zéro déchet ! » : la méthode complète du E.Leclerc Plougastel pour lutter contre le gaspillage
Le magasin E.Leclerc de Plougastel, dans le Finistère, s’est engagé dans un combat contre le gaspillage. Les produits en fin de vie bénéficient de rabais importants, ou sont donnés à des associations caritatives.

De la récupération pour une meilleure transition

Car c'est bien de bois issu de récupération dont il s'agit. « Nous avons fait une demande auprès de la préfecture pour cela », poursuit le maraîcher. Palettes, meubles, emballages, etc. Grâce à divers partenariats avec des entreprises, des déchetteries ou des communautés de communes dans le secteur, voire un peu plus loin dans le département du Finistère, Fabrice Gouennou brûle désormais 10 000 tonnes de bois par an ! « On alimente aussi d'autres producteurs du coin – certains en fraise, par exemple. Pour les producteurs bio, c'est un bon compromis, car leur démarche cherche aussi à valoriser leurs produits par une production de chaleur issue des énergies renouvelables ».

Quant au supermarché E.Leclerc de Plougastel-Daoulas, à quelques encablures des serres, c'est le partenariat rêvé. Et les économies suivent aussi.

« Avant, on consommait pour 6 000 € de gaz en moyenne tous les mois », détaille Jean-Marie de Bel-Air.  Et maintenant, on a baissé de moitié le coût de l'énergie, tout en ayant un meilleur confort de clientèle. Pour l'instant, même si l'on chauffe plutôt l'hiver, on constate 30 à 40 % de valeur de chauffage économisé et un chauffage mieux exploité dans le magasin ».

Une économie plus verte

Les nouvelles canalisations, branchées sur le réseau d'eau chaude des serres, parcourent donc 300m avant d'arriver dans le bâtiment de la chaufferie du E.Leclerc. Dans ce local se trouvent encore les anciennes chaudières à gaz, aujourd'hui neutralisées, témoins d'un changement non-négligeable. « C'est plus vert, plus confortable, plus rentable et en circuit court ; au final, c'est un lien cohérent entre le milieu agricole et la grande distribution », conclut Jean-Marie de Bel-Air. D'autant que les tomates Savéol sont aussi vendues directement en magasin... !

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(*) La coopérative Savéol, leader français de la tomate, compte aujourd'hui 125 maraîchers, 90 exploitations et plus de 2000 salariés à travailler chaque année. Cette coopérative, présente en Bretagne ouest, est particulièrement implantée en presqu'île de Plougastel-Daoulas.
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Article en collaboration avec l'ADEME dans le cadre du plan Agir pour la transition.