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Comment la grande distribution en Ukraine s’organise pour répondre aux besoins des populations

La vie dans les commerces ukrainiens continue.

Jonathan Le Borgne
Jonathan Le Borgne

Le commerce a été durement touché ces derniers jours en Ukraine. Victimes des bombardements, les commerces ukrainiennes ont dû faire face à de nombreux défis.

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Pour donner une vision sur ce qu’il se passe là-bas, nous avons recoupé depuis plusieurs jours plusieurs informations provenant de médias ukrainiens-allemand-polonais et scruté les réseaux sociaux pour retranscrire le maximum d’informations.

Car la guerre a tout stoppé net. D’un seul coup d’un seul, les commerces ukrainiens ont subi la pression russe et les bombardements, jusqu’à constater en seulement quelques jours des champs de ruines.

Pourtant, dans ce désastre, le secteur fait preuve d’une incroyable résilience. La vie se poursuit par endroit. Et certains magasins continuent d’approvisionner à la fois les populations restées sur places et les Ukrainiens présents au front.

Voici ce que nous avons retenu.

Les enseignes ont fait face à un afflux important de clients avant-guerre, puis la solidarité s’est depuis mise en place

Avant la guerre, alors que la menace russe se faisait plus pressante, les enseignes de la grande distribution ont subi un afflux important de clients voulant s’approvionner. Les magasins ont été confrontés à des rayons vides et des files d’attente importantes aux entrées des centres commerciaux. Fermés un moment, certains magasins ont rouvert leur porte comme notamment au sein de l’enseigne Auchan : pour permettre aux populations de s’approvisionner, « les heures d’ouverture ont été prolongées d’une heure », a expliqué Olena Orlova la responsable des relations publiques de l’enseigne.

Pour pallier aux besoins d’approvisionnement en magasin, les employés de bureau ont été réquisitionnés pour donner un coup de main aux équipes en rayon. Des bénévoles ont également rejoint les équipes en magasin et aidées à faire quelques travaux au sein de l’enseigne Varus.

Chez Auchan, le directeur de la communication Antoine Pernod a expliqué sur LinkedIn que « 41 magasins sur 43 ont ouvert dans tout le pays pour apporter à la population de quoi se nourrir. Cela est rendu possible par l'incroyable motivation et professionnalisme de nos collègues ukrainiens qui forcent notre admiration», soutient-il. Ce dernier explique également la nécessité d’ « apporter aux habitants une alimentation saine à un prix accessible [...] pour une population vit des moments difficiles ».

Des difficultés logistiques oui, mais les magasins s’organisent...

La logistique est forcément rendue complexe, mais pas impossible : « la livraison est compliquée compte tenu des combats et des points de contrôle qui ralentissent le trafic », reconnaît Serhiy Demchenko de l’enseigne ATB. Pour aider les fournisseurs à livrer la marchandises, les enseignes mettent à disposition leurs propres véhicules. Même le dimanche la mobilisation se poursuit.

Les problèmes proviennent également de certaines usines, principalement dans le conditionnement de viande. Ces dernières sont à l’arrêt, faute de personnel d’une part, et faute également de matières premières d’autre part.

Pour les produits venant de Russie, les tensions sont plus extrêmes. L’Ukraine a fini par boycotter l’approvisionnement venant de l’ennemi et s’appuie sur ses propres ressources et celles provenant de l’Europe.

Aldi et Lidl ont quant à eux retiré des produits russes de la vente. En revanche, l’enseigne affirme être peu dépendant des approvisionnements venant de Russie.

...et surtout, les magasins restent ouverts jusqu’au couvre-feu.

Pour répondre à la demande, la grande distribution reste bien entendu à disposition des populations. Les enseignes, comme ici Silpo ou ici Varus mettent à jour la liste des magasins disponibles dans le pays.

Les magasins sont toutefois dépendants des couvre-feux. Les supermarchés Varus ferment 60 minutes avant le couvre-feu.

À ce jour, si de nombreux magasins restent ouverts, quelques-uns ont dû baisser le rideau notamment dans les villes de Melitopol, Nova Kakhovka, Kherson, Kiev et Starokostiantynivka.

Des tensions sur un produit de première nécessité : le pain

En revanche, un produit de première nécessité manque : le pain.

Des tensions logistiques apparaissent particulièrement sur ce produit très demandé : « les boulangeries locales ont été confrontées à des problèmes logistiques, ainsi qu'à un manque partiel de personnel », explique Serhiy Demchenko d’ATB, « cela concerne tous les magasins, qu’ils soient présents dans les zones de guerre ou non ».

Même constat chez Auchan, notamment à Kiev. Quand avant trois fournisseurs livraient la marchandise il y a quelques jours, plus qu’un seul parvient à le faire à ce jour. Certains fournisseurs, notamment présents à l’Est, ont vu le réseau de gaz coupé temporairement interrompant net la production.

Pour compenser, c’est l’Ouest qui prend le relai. Les boulangeries ont augmenté leurs volumes de production. En particulier, c’est la société "Khlibprom", qui fournit des produits aux régions occidentales, dont Lviv.

Enfin chez Varus, l’enseigne a décidé de produire lui-même son propre pain, afin de combler les vides laissés par les difficultés d’approvisionnement.

Une cellule de crise au sein des enseignes pour sécuriser la vie des collaborateurs présents en magasin

Les magasins continuent de tourner. Pour faire face à la situation inédite, les enseignes organisent des réunions de crise pour prendre des décisions face à la menace russe.

Chez Metro par exemple, qui emploie 3400 salariés, la guerre fait désormais partie du travail quotidien. L’enseigne décide des magasins à ouvrir chaque jour, en fonction de la situation sécuritaire, afin de garantir la vie et de l'intégrité physique des collaborateurs.

La guerre a effacé des conflits entre industriels et distributeurs

Autre fait : en situation conflictuelle avec le fournisseur “Roshen et Nasha Ryaba”, l’enseigne ATB a renoué contact et permis au fournisseur de mettre ses produits à la vente. L’enseigne l’a confirmé sur Facebook compte tenu de la situation du pays : « cette décision est une combinaison des efforts de l’enseigne pour s'occuper de notre mission qui consiste à fournir à la population de la nourriture et des biens essentiels lors d'une agression militaire importante et effrontée », explique l’enseigne dans un premier temps avant de conclure, « nous traversons tous des moments difficiles aujourd'hui. Des pertes difficiles et douloureuses. Mais nous devons tous réaliser pleinement qu'aujourd'hui n'est ni le moment ni le lieu de clarifier les partenariats et les négociations à long terme. [...]. Nous devons agir de manière décisive, conjointement, et ignorer les malentendus passés ».

Les livreurs à vélo continuent de parcourir la ville

Fait incroyable dans cette crise, les services de livraison Glovo ont repris leur activité dans 19 régions du pays, après les avoir stoppés un temps. Les 700 livreurs du pays, reconnaissables avec leur sac à dos jaune, continuent aujourd’hui d’arpenter les rues. Les ukrainiens peuvent continuer à commander ce dont ils ont besoin sur les sites ecommerce. À noter qu’aucune commission n’est prélevée pour assurer les livraisons et les livreurs perçoivent un salaire.

Glovo assure déjà que le service ne sera pas rentable et que les revenus éventuels seront transférés à des ONG ukrainiennes.

Bien évidemment, les livraisons sont possibles dès lors que la menace ne se fait plus sentir. Dès lors des alarmes retentissent, toutes les commandes sont annulées et remboursées aux utilisateurs. Jusqu’à nouvel ordre.

L’enseigne va également plus loin puisqu’elle vient de mettre en place une rubrique “Santé” donnant les coordonnées de médecins disponibles pour consultations gratuites. Glovo envisage de rendre cette option accessible à toutes les villes d’Ukraine.

« Les coursiers se rassemblent pour aider les gens. Nous continuons à soutenir l'Ukraine et assurant notre logistique. Nous comprenons le besoin urgent pour les citoyens ukrainiens de Kiev et d'autres villes d'avoir accès à la nourriture et à d'autres biens, et nous nous efforçons de le fournir dans la mesure du possible », Sasha Misho, co-fondateur de Glovo.

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En toute vraisemblance, le pays fait face à une incroyable résilience dans une guerre qui semble déjà interminable. La grande distribution est en première ligne et est un soutien indéfectible auprès des populations.

Enseigne

Jonathan Le Borgne Twitter

Éditeur de Je Bosse en Grande Distribution. Passionné par la transition numérique des entreprises. Consultant, formateur et stratège en communication digitale pour la grande distribution.