« Une bonne école pour faire ses armes » : ce que pensent les jeunes d'une carrière en grande distribution en 2021

Faire carrière en grande distribution n'est rarement le premier choix des jeunes diplômés lorsqu'il s'agit de trouver un premier stage ou une première entreprise pour faire ses preuves. Nous avons interrogé la nouvelle génération pour comprendre comment elle percevait le secteur.

Jonathan Le Borgne
Jonathan Le Borgne

Sur le terrain de l'emploi, le secteur de la grande distribution souffre beaucoup de clichés, surtout auprès des plus jeunes qui voient le secteur comme un monde froid, difficile et contraignant.

Pourtant, avec ces 1,5 million d'actifs en France (dont 600 000 professionnels en magasin), le commerce est un des piliers de l'économie. Celui-ci a d'ailleurs beaucoup évolué ces dernières années suite à l’arrivée du e-commerce et au développement des problématiques omnicanales. Aujourd'hui, ces opportunités sont une aubaine pour cette nouvelle génération qui rêve d'un secteur dynamique et qui vit actuellement une des plus grandes mutations de son Histoire.

Des études variées pour un secteur en constante évolution

Dans une course permanente à la performance, aux parts de marché et à la rentabilité, les grandes enseignes de la distribution constituent à conquérir les jeunes diplômés d'écoles de commerce dans leur stratégie de recrutement. C'est un élément crucial pour les enseignes de rajeunir en permanence leur effectif et apporter du sang neuf à un secteur qui cherche constamment à se renouveler.

Interrogés via nos réseaux, 60,9% des jeunes nouveaux entrants dans se secteur (parmi 476 interrogés) affirment avoir suivi des études dans le commerce, le management, la gestion ou le marketing. Ils sont aussi 58,4% à répondre que ce choix était volontaire de leur part, contre 41,6% affirmant que ce choix s'est fait par défaut « par manque de débouchés dans d'autres secteurs », explique un des interrogés. Des chiffres qui témoignent encore de l'attrait de ce secteur auprès des jeunes.

Aussi, auparavant réservé à des profils peu diplômés ou à des autodidactes, le niveau s'est également élevé ces dernières années. Les enseignes recrutent majoritairement des profils à minimum bac+2 dont les connaissances en gestion, en management et en merchandising demeurent incontournables pour espérer avoir des responsabilités et évoluer rapidement en magasin.

Parmi les diplômes préparés, la majeure partie (42,7%) suivent un bac+2/3 au profil BTS et Licence. 14,8% suivent ou ont suivi un master. 3,4% suivent ou ont suivi un CAP.

E.Leclerc, Carrefour et Système U en tête des enseignes qui les attirent le plus

Parmi les enseignes qui les attirent le plus, une enseigne se détache : E.Leclerc. En effet, à la question « quelles sont les enseignes qui vous attirent le plus pour faire carrière en grande distribution ? », l'enseigne indépendante, portée sa dynamique actuelle sur le marché de l'alimentaire, attire les réponses favorables. Ils sont 40,7% des interrogés à expliquer que c'est l'enseigne alimentaire pour qui ils souhaitent travailler.

Suivent en deuxième et troisième position, Carrefour et Système U avec 28,3% et 27,1% de réponses favorables.

On retrouve plus loin dans le classement : Intermarché (22,6%), Auchan (17%), Lidl (8,6%), Picard (6,1%), Géant Casino (3,6%) et Aldi (3,2%). On notera également les performances des enseignes spécialisées que sont Leroy Merlin et Decathlon dont les réponses sont revenues très régulièrement : 14,9% des interrogés déclarent être attirés par Decathlon, 13,3% par Leroy Merlin.

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De nombreux métiers aussi dynamiques que porteurs d’avenirs

Le domaine de la grande distribution est vaste. Il propose un large choix de métiers. Avec les années et l'expérience, des passerelles sont d'ailleurs possibles vers des fonctions supports : marketing, achats, logistique, merchandising. Le secteur promeut également l'ascenseur social et permet à des jeunes de devenir directeur ou posséder son propre magasin après plusieurs années d'expérience : « travailler en magasin est un super ascenseur social, mais il faut être persévérant, car au fur et à mesure que les échelons sont gravis, les attentes sont disproportionnées », commente un directeur de magasin qui nous a alerté sur le recrutement des jeunes en grande distribution.

Ces évolutions de carrière sont d'ailleurs un critère important lors du choix de son premier contrat : « j’ai évolué du poste d’hôtesse de caisse à celui d’adjointe puis responsable, en seulement quelques années, cela me motive davantage ! », explique ici cette responsable.

À terme, les jeunes voient déjà loin. Nombre d'entre eux déclarent vouloir évoluer vers des fonctions de chefs de rayon (27,7%). D'autres vont encore plus loin en espérant devenir directeurs de magasin (20,8%), voire posséder son propre magasin (17,9%).


Aussi, quand on leur demande ce qui les motive dans ce secteur et ce qui les attire le plus, nombreux expliquent être attirés par le management d’équipe, la gestion, la relation client, le merchandising et la vente.

C'est un milieu qui fait grandir, qui est très varié au niveau du travail on peut tout y faire. On a rapidement des responsabilités et c'est vraiment bien ! C'est une bonne école pour faire ses armes.

Des enseignes qui offrent de nombreuses opportunités de carrières...

Ce n'est pas un mythe, la mobilité interne au sein des enseignes est une réalité. Les carrières sont nombreuses dans ce domaine et beaucoup y voient un moyen de gravir les échelons rapidement - bien plus rapidement en tout cas que dans d'autres secteurs aux ascensions plus longues : « au sein de l'enseigne où je suis, je suis assuré d'une carrière évolutive très rapide avec du challenge et la possibilité de voir plusieurs domaines dans une même structure », argumente un des interrogés.

Aux questions sur l'avenir à moyen terme, plus de la moitié des jeunes professionnels ayant intégré la grande distribution veulent y faire carrière au moins pour les 5 prochaines années. Plusieurs raisons les motivent : « la grande distribution est un secteur où l’emploi est présent. C'est une garantie et une sécurité de l'emploi », affirme l'un d'eux.

Pour d’autres, c’est un choix de cœur : « j'ai rencontré de supers employeurs qui ont cru en moi et m'ont appris tellement de choses en me montrant que j'étais capable de réaliser plus que ce que je pensais » ou un héritage de famille « mes parents possèdent un magasin U et je rêve depuis mes 5 ans d’avoir mon magasin », expliquent deux d'entre eux.

« Il faut être solide ! Déterminée et passionnée car il y a de grandes opportunités, et des possibilités d’évolutions rapides, donc foncez ! ».

... mais qui provoque aussi quelques désillusions

Néanmoins, cette motivation contraste avec des avis plus timorés : près de 45,6% d'entre eux expliquent ne pas vouloir poursuivre dans le secteur à moyen terme, « les métiers sont exigeants », « on est soumis à un rythme infernal, parfois un manque de reconnaissance », « l’évolution de carrière n'est absolument pas objective », racontent plusieurs interrogés. Car en effet, s'il y a beaucoup d'appelés aux grandes carrières, il y a toujours peu d'élus. Concurrence oblige. Pour ces jeunes, nombreux sont conscients « qu'il y a un plafond de verre, bien trop difficile à traverser. Pour réussir il faut aussi une bonne dose de chance », insiste un interrogé. D'autres regrettent que les opportunités soient « offertes uniquement à ceux qui sont prêts à faire les sacrifices nécessaires. Ce n'est pas toujours les performances qui paient », commente l'un d'eux.

Un autre interrogé explique cette désillusion : « au départ je l’envisageais. Après 2 ans au sein d'une enseigne intégrée dans une fonction au siège au pôle data où j’ai vécu une super expérience professionnelle, je suis partie chez une enseigne spécialisée et là ma volonté a commencé à flancher : une ambiance moins sympa, peu de structure et d’organisation, j’avais le sentiment de travailler dans une entreprise où les fondations sont friables. Après 2020 et 2021, la pression est devenue de plus en plus importante, la charge de travail a doublé et les limites entre le pro et le perso sont devenues de plus en plus minces. De plus, les RH de l’entreprise et nos managers ne montrent pas forcément une envie d’accompagner les salariés dans leurs évolutions professionnelles, combien de fois j’ai eu droit à « tu veux évoluer sur tel poste ? Mais je te rappelle que ton job c’est la data et pas autre chose. À force, c’est assez décourageant », finit-elle par regretter.

La grande distribution est un secteur enrichissant, c'est l'ascenseur émotionnel avec des hauts et bas : soit on est fait pour la grande distribution, soit on ne l'est pas.

Une carrière assurée mais avec une durée limitée

Faire une carrière longue en grande distribution n'est pas une mince affaire. Si beaucoup de jeunes professionnels se voient évoluer dans le secteur dans les 5 prochaines années, ce taux diminue fortement quand on parle des dix ou vingt années suivantes. En effet, d’après notre enquête, dans 5 ans, 39,5% de ces jeunes se voient encore travailler dans la distribution. Or, dans 10 ans les avis sont plus partagés : 27,5% se projettent dans ce secteur tandis que 32,1% ne s’y projettent plus. Et quand on leur demande pour dans 20 ans, plus de 43,1% affirment se n'y voient plus, contre seulement 18,5% qui s'y voient encore. Des carrières oui, mais à durée limitée.

Sur une échelle linéaire, 1=pas du tout : 5=assurément

Ils sont un peu moins convaincus d'y faire une carrière à long terme comme en attestent ces résultats ci-dessous.

Sur une échelle linéaire, 1=pas du tout : 5=assurément
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Sur une échelle linéaire, 1=pas du tout : 5=assurément
Métier

Jonathan Le Borgne

Éditeur de Je Bosse en Grande Distribution. Passionné par la transition numérique des entreprises. Consultant, formateur et stratège en communication digitale pour la grande distribution.