Pourquoi la grande distribution mise sur la seconde main

Jonathan Le Borgne
Jonathan Le Borgne

Alors que Leboncoin et Vinted cartonnent sur le marché d’occasion, les géants de la grande distribution testent des concepts dits seconde main. Ils y vendent de tout : du textile, de produits électroniques, de bricolage, des vélos, des bijoux, des sacs de luxe…

Aller au supermarché pour y vendre son vieux téléphone ou pour acheter un vêtement de seconde main ? C’est déjà possible dans quelques magasins et c’est E.Leclerc qui a créé le premier espace « occasions » en 2018 au sein de son hypermarché de Roques-sur-Garonne (Haute-Garonne).

D’autres enseignes de la grande distribution se sont aventurées sur ce créneau de l’occasion, déployant tour à tour des expérimentations. Au début de l’année 2020, Auchan s’est lancé dans les vêtements de seconde main. Carrefour a succédé en créant sa section occasions dans son magasin des Ulis (Essonne), où il est possible de déposer des bijoux, des smartphones, ou encore du petit électroménager. Et enfin, c’est Système U, Casino et Cora qui se sont lancés à leur tour avec des concepts similaires. C’est une nouvelle politique qui vise surtout à renforcer leur image prix, fidéliser leur clientèle, et dynamiser la fréquentation de leurs hypermarchés, en perte de vitesse.

Le principe de ce créneau est simple : les consommateurs viennent avec leurs objets et repartent avec du cash ou un bon d’achat, suivant les enseignes. Ainsi, le client peut faire ses courses au supermarché sans rien dépenser ou presque.

Pourquoi la grande distribution investit le marché de seconde main ?

Le marché de l’occasion est d’abord un moyen de créer du trafic dans les hypermarchés qui en ont beaucoup perdu ces dernières années. E.Leclerc et Système U ont opté pour le même principe : les produits d’occasion rachetés aux particuliers sont payés en bons d’achats qui ne sont utilisables que dans les magasins de l’enseigne. Et puis acheter de la seconde main, c’est dans l’air du temps. Un diptyque récurrent dès que l’on parle du marché de l’occasion, estimé selon Xerfi à 7 milliards d’euros en 2018 et à plus de 7,4 milliards d’euros en 2020. Les consommateurs sont de plus en plus enclins à favoriser l’équipement d’occasion. Une motivation économique pour certains, une conviction écologique et responsable contre le gaspillage pour d’autres. Et en période de crise économique où le pouvoir d’achat est une priorité pour nombre de ménages, consommer au meilleur prix, c’est encore plus important.

C’est bien entendu, le marché de la grande distribution a pris en en compte le nouveau phénomène de l’occasion. C’est un acte durable, responsable et encouragé d’où une vraie attente du côté des consommateurs envers les enseignes. Certaines enseignes ont bien compris les nouveaux comportements d’achat des consommateurs.

Pourquoi le marché de seconde main attire les consommateurs ?

L’argument principal des consommateurs pour les achats d’occasion est la raison financière, car d’importantes économies sont à la clé. 8 Français sur 10 qui déclarent porter leur choix vers la seconde main en raison de prix avantageux. Et la crise économique liée à la covid-19 est en train d’installer durablement cette nouvelle façon de consommer. Le contexte a entraîné une baisse du pouvoir d’achat. Les consommateurs ont plus de difficulté à débourser beaucoup pour des produits neufs et dont la qualité peut être perçue comme en baisse. A cette raison d’ordre économique vient s’en ajouter la raison écologique. Les consommateurs, par conscience écologique, ne veulent plus jeter. Enfin, le développement des réseaux sociaux et de la vente en ligne a boosté cette pratique. Le business peer-to-peer est facilité par la multiplication des plateformes de mise en relation entre particuliers comme Leboncoin, 5 millions de visiteurs uniques chaque jour, ou encore l’application Vinted qui a doublé son trafic en un an en France. Même Facebook a lancé sa propre marketplace d’occasion.

Jonathan Le Borgne

Éditeur de Je Bosse en Grande Distribution. Passionné par la transition numérique des entreprises. Consultant, formateur et stratège en communication digitale pour la grande distribution.