Depuis quelques mois, nous créons une collection unique de magazines dédiés aux métiers du commerce et aux transformations du retail.
Chaque numéro offre une enquête approfondie, des témoignages exclusifs, des analyses terrain et des perspectives que vous ne trouverez nulle part ailleurs.
Des lectures indispensables pour comprendre les mutations du secteur et anticiper celles qui arrivent.
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En onze ans, le commerce de détail de l'habillement a perdu 19% de ses effectifs salariés. Près d'un emploi sur cinq a disparu. Pendant ce temps, Shein inonde le marché de vêtements à prix cassés, Vinted capte la seconde main, et Amazon grignote toutes les parts de marché. Le textile n'est que le premier domino à tomber. Ce qui lui arrive aujourd'hui arrivera demain à d'autres secteurs. Bienvenue dans l'autopsie d'une mort annoncée.
-19% d'emplois en onze ans : le désastre invisible
Dix-neuf pour cent. Le chiffre est brutal, mais il ne fait pas la une. Pas de manifestations, pas de plans sociaux médiatisés, pas de ministre qui se déplace. Juste une lente hémorragie, magasin après magasin, enseigne après enseigne. Des vitrines qui ferment, des vendeurs qui ne sont pas remplacés, des boutiques de centre-ville qui deviennent des agences bancaires ou des kebabs.
Le commerce de détail de l'habillement, c'était des dizaines de milliers d'emplois répartis sur tout le territoire. Des premiers jobs pour les jeunes, des emplois de proximité, des vendeurs qui connaissaient leurs clients, qui conseillaient, qui créaient du lien. Tout cela est en train de disparaître.
Et ce n'est pas une crise conjoncturelle, un accident de parcours, un mauvais moment à passer. C'est une transformation structurelle, irréversible, portée par trois forces qui convergent pour laminer le commerce physique traditionnel : les plateformes ultra-low-cost venues d'Asie, l'explosion de la seconde main, et la domination sans partage des géants du e-commerce.
Shein : quand le low-cost devient ultra-low-cost
Shein, c'est le symbole de ce nouveau monde. Une entreprise chinoise qui vend des vêtements à des prix défiant toute concurrence. Des robes à 5 euros, des t-shirts à 2 euros, des collections qui changent toutes les semaines. Une machine à produire du vêtement jetable, alimentée par une logistique redoutable et une présence digitale massive, notamment sur TikTok et Instagram.
Le modèle économique est simple : production de masse en Chine, vente directe au consommateur sans intermédiaire, renouvellement ultra-rapide des collections basé sur l'analyse en temps réel des tendances sur les réseaux sociaux. Pas de magasins, pas de stocks importants, pas de vendeurs à payer. Juste une plateforme en ligne et des algorithmes.

