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« Les clients ne voient pas le produit et nous non plus » : les magasins s'adaptent à la fin du plastique au rayon fruits et légumes

La fin du plastique dans les rayons fruits et légumes cause quelques problèmes de fond auprès des chefs de rayon. Après quelques jours de mise en place, la démarche écoresponsable doit encore faire ses preuves.

Jonathan Le Borgne
Jonathan Le Borgne

Le 1er janvier 2022 restera une date clé en grande distribution puisque cette date signe la fin du plastique pour une grande majorité des fruits et légumes présents sur les étals. Un grand pas pour la planète et un petit effort encore à faire pour les clients et professionnels en magasin.

Les mesures mises en place concernent à ce jour une trentaine de fruits et légumes* (à noter qu’un décret permet aux industriels, dans un délai de 6 mois, d’écouler leur stock afin de définitivement tourner la page du plastique en rayon. Le plastique est désormais banni au profit du vrac, des filets en coton ou encore des barquettes en carton recyclable. D’autres solutions pourraient faire leur apparition d’ici quelques mois.

*Certains produits font encore l’objet d’une dérogation jusqu’en 2023 comme les carottes et les champignons jugés trop fragiles pour le transport. Pour les fruits rouges, ils ont jusqu’en 2026 pour se préparer à la fin des emballages plastiques.

6 impacts déjà identifiables sur la fin du plastique en rayon fruits et légumes

Sauf que voilà, sur le papier (sans mauvais jeu de mots), en rayon ce n’est pas aussi simple que cela. Censé lutter contre le gaspillage, cela a conséquences pour le moment inattendu en magasin, voire contre-productif.

Interrogés, nombreux chefs de rayon fruits et légumes réclament encore un peu de temps « pour s’adapter », mais après quelques jours, certains dressent un bilan morose : « rien n’est au point. Avec les emballages papier, on ne voit rien. Les boites carton ne tiennent pas », souligne l’un d’eux.

Pour ce chef de rayon, « on sait bien qu’il est encore tôt pour tirer des conclusions, mais on se rend compte que les gens veulent écolo, mais seulement si on ne change pas trop les habitudes », déplore-t-il.

Voici 6 impacts déjà clairement identifiés.

Des changements de comportements auprès des clients et des impacts sur les ventes

Premier fait, les nouveaux packagings ont largement modifié la perception auprès des clients. Pour ces derniers, entre le plastique et le carton, leurs coeurs balancent déjà : « par habitude, les clients ont besoin de voir les produits. Pour les tomates bio par exemple, elles ne se vendent pas dans les barquettes carton », souligne ce chef de rayon. Même remarque auprès d’un confrère chef de rayon qui remarque déjà l’impact sur les ventes : « on voit déjà un net impact sur les filets poivron tricolore, les gens n’en veulent pas », précise-t-il, « pareil pour les courgettes et aubergines bio ».

Le tri est plus complexe à réaliser

Parallèlement, si les clients ne voient pas le produit, les professionnels en rayon non plus : « certes les clients ne voient plus les produits, mais nous non plus », regrette l’un d’eux, « cela complexifie notre tâche, car même nous, nous ne pouvons pas identifier quand les produits sont pourris ».

Une casse supplémentaire

Qui dit tri plus difficile à faire, dit forcément casse supplémentaire : « il nous a fallu quelques jours pour constater l’impact sur la casse. Elle est évidente, car nous n’avons pas assez de visuels sur les produits dans leur barquette ». Cette contrainte pèse un peu sur les magasins : « il faut un temps pour s’adapter, nous, nos équipes et même la logistique », explique l’un d’eux tout en regrettant que « la centrale met des caisses ifco sur les barquettes carton, ça n’a pas de sens ».

Des packagings en carton qui ne résistent pas

Autres problèmes soulignés, les packagings ne font pas de la résistance. Comprenez plutôt, les barquettes en carton sont encore très fragiles : « dès lors qu’il y a une forte humidité, le carton se ramollit et ça devient galère à mettre en rayon », alerte ce manager. « Les emballages carton pour les pomme et poire x4 ou x6 ne sont pas adaptés du tout au niveau de la fermeture. Ça ne tient pas ». Les emballages sont « trop fragiles et se déchirent trop facilement ».

Des mises en avant plus complexes à réaliser

Pour les professionnels, la mise en avant est aussi plus complexe à réaliser. Au revoir les opérations massives et impactantes visuellement : « avec les filets par exemple c’est plus difficile à faire une belle présentation du rayon. Les cartons se déchirent. On voit mal à travers les filets… c’est une catastrophe pour nous qui avions l’habitude de théâtraliser certaines opérations ».

Le développement quasi évident du vrac à moyen, voire, à très court terme

À terme, certains se détournent déjà des filets et barquettes en carton : « on envisage déjà de basculer toute l’offre sur du vrac sauf produit particulier comme les cœurs de sucrine », explique ce chef de rayon, « au moins le vrac permettra de diminuer la casse, car au lieu de jeter un filet ou une barquette entière de 1,5kg ou 2kg pour un seul fruit abîmé, en faisant du vrac on ne jettera que le fruit ou légume en question ». Une tendance déjà affichée et confirmée par des confrères : « maintenant, on développe en plus en plus avec du vrac et on fait moins de carton. Il va juste falloir habituer le client ».

RSE

Jonathan Le Borgne Twitter

Éditeur de Je Bosse en Grande Distribution. Passionné par la transition numérique des entreprises. Consultant, formateur et stratège en communication digitale pour la grande distribution.