Licencié du magasin pour avoir récupéré des pizzas périmées : mais en vrai, que font les magasins des invendus alimentaires ?

Jonathan Le Borgne
Jonathan Le Borgne

Le débat fait rage sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter. Un employé d’un magasin U explique avoir été licencié pour avoir pris des pizzas qui allaient être jetées. Cela relance le sempiternel débat des invendus en grande distribution. On vous explique tout ça.

Mais que faire des invendus alimentaires ? Le fait divers fait réagir sur la toile, notamment sur les réseaux sociaux qui incriminent l’enseigne Système U.

Pour en revenir au fait, au sein du Super U de Plascassier, Nathan, un employé du rayon charcuterie de 27 ans, a pris la responsabilité de récupérer des pizzas destinées à être jetées. Il souhaitait en faire profiter au personnel du magasin : « j’en avais marre de devoir jeter des produits encore consommables alors que des personnes étaient dans le besoin », explique-t-il au journaliste.

Sauf que voilà. La démarche n’a semble-t-il pas été appréciée par la direction du magasin. Dans un tweet d’Hugo Clément, le journaliste relaie la lettre recommandée et explique que le jeune employé a été mis à pied et accusé de vol. Une sanction qui peut paraître sévère comme en jugent les commentaires sur les réseaux sociaux.

Depuis le jeune homme a semble-t-il avoir trouvé un autre emploi dans l’éducation. Tout est bien qui finit presque bien.

L’événement fait réagir les internautes. Du côté des professionnels de la grande distribution, le constat est plus nuancé : « quand on travaille en magasin, on sait tous que c’est interdit, donc la suite est logique », commente un internaute.

Mais que fait la grande distribution des invendus alimentaires ?

Derrière le licenciement et l’exposition de cette lettre recommandée (qui ressemble plus à un règlement de compte de l’employé vis-à-vis de son employeur), se pose surtout la question des invendus alimentaires en grande distribution.

Faut savoir que le gaspillage alimentaire est un problème de fond au sein des magasins. Accompagnés par des starts-up comme Phenix, Smartway ou encore Too Good To Go pour les plus connues, les magasins mettent en place des solutions concrètes pour contribuer à la lutte contre le gaspillage alimentaire. Ainsi, les actions se sont structurées ces dernières années pour permettre aux magasins de mieux distribuer les invendus alimentaires et surtout d’agir en amont sur la gestion des commandes et la sensibilisation des équipes au gaspillage. Le combat est loin d’être gagné, mais de nombreux magasins tendent de plus en plus vers le zéro déchet, comme ici au E.Leclerc de Châteaubriant où nous avions fait un reportage il y a quelques mois.

Selon une récente enquête que nous avons menée, les magasins misent sur deux actions principales pour valoriser leurs invendus alimentaires : les ventes à dates courtes à prix réduits (généralement des réductions de 30 à 50%), pratiqués par 4 magasins sur 5, et le don aux associations pratiqué par environ 7 magasins sur 10. Suivent la vente sous forme de panier anti-gaspi pratiquée par 2 magasins sur 5 et la valorisation animale pratiquée par 1 magasin sur 5. Ce sont les principales actions menées par les magasins : certains magasins vont d’ailleurs plus moins en valorisant les fruits et légumes en les redonnant une seconde vie via des soupes ou des jus de fruits frais, comme le fait notamment E.Leclerc Templeuve pour ne citer que lui.

Le don au personnel est quant à lui très peu utilisé. La pratique représente seulement 7% des magasins en France. Pourquoi un chiffre si faible ? Faut savoir que cette pratique a longtemps été utilisée par les magasins avant d’être abandonnée. Cela avait en effet un effet pervers sur les équipes responsables qui avaient la main plus légère sur les commandes afin d’en profiter – et d’en faire profiter proches et collègues – de prix plus réduits. Cela a déjà été prouvé maintes fois : le don au personnel a des effets pervers sur le gaspillage alimentaire et la rentabilité d’un rayon. Alors, forcément les magasins ne l’encouragent plus. Un manager explique d’ailleurs que cela permet « d’éviter les abus sinon les employés feront en sorte de planquer ce qu’ils veulent et attendront que ce soit périmé pour en profiter », relate-t-il expérience. Cela n’empêche toutefois une forme d’impuissance devant certains gâchis provoqués par les mauvaises gestions.

RSEMétier

Jonathan Le Borgne

Éditeur de Je Bosse en Grande Distribution. Passionné par la transition numérique des entreprises. Consultant, formateur et stratège en communication digitale pour la grande distribution.