Il fut un temps où « manger sain » rimait avec privation. Ce temps est révolu. Au SIAL 2026, une tendance de fond crève l’écran, et elle ne relève plus de la niche diététique : l’alimentation fonctionnelle, ces produits qui promettent un bénéfice santé précis sans sacrifier le plaisir. Fibres prébiotiques, protéines, probiotiques fermentés : trois piliers qui redessinent les linéaires. Nous avons rencontré au salon trois exposants qui incarnent ce virage, croisés avec les données d’un marché en pleine accélération.
La fibre, grande gagnante et encore sous-estimée
S’il fallait désigner la révélation du salon, ce serait elle. Longtemps cantonnée au discours sur le transit, la fibre prébiotique s’impose comme l’ingrédient fonctionnel du moment. Sven Algoet, fondateur de Sweet Switch, en a fait le cœur de son offre, primée par la sélection innovation du SIAL. « Chez Sweet Switch, on a un assortiment complet de produits qui sont sans sucre et enrichis en fibres. On présente notre innovation, pour laquelle on a gagné la sélection innovation du salon, avec nos boissons sans sucre, Nutri-Score B, avec 20 grammes de fibres prébiotiques. C’est quelque chose qui va bousculer le rayon des boissons. »
Pour lui, la dynamique est enclenchée et ne fait que commencer. « D’après moi, la tendance est très forte sur tout ce qui est produit enrichi en fibres. C’est la nouvelle tendance, c’est l’innovation de ce salon. » Et les chiffres lui donnent raison : le marché mondial des fibres prébiotiques, évalué à 5,43 milliards de dollars en 2025, devrait croître de 7,18% par an jusqu’en 2034. Surtout, plus de 67% des consommateurs donnent désormais la priorité au bien-être digestif dans leurs décisions nutritionnelles, et 58 % recherchent activement des produits mettant en avant les fibres.
Le placement en rayon, aujourd’hui encore confiné, est selon lui en sursis. « Aujourd’hui, ça se retrouve principalement dans tout ce qui est rayons bien-être, santé, diététique. Mais à mon avis, d’ici deux-trois ans, ça sera dans le rayon classique, parce que les consommateurs changent et veulent des produits plus sains. » Son avertissement aux enseignes est sans détour. « On y est déjà. Les acteurs en GMS qui ne l’ont pas vu arriver doivent se dépêcher, parce qu’autrement ils seront trop tard. Le consommateur attend avec impatience l’arrivée des produits enrichis en fibres. »
Sven pointe un troisième moteur, souvent oublié : la réglementation. « Il y a une troisième force qui joue, c’est la réglementation du gouvernement qui impose des taxes sur le sucre. Et nous, on évite les taxes de sucre parce qu’on n’a pas de sucre. » Sur un rayon saturé, capter le regard reste un enjeu, qu’il assume dans ses choix de packaging. « Le temps d’attention au rayon est très limité, il faut quelque chose qui ressorte. On a repris les parfums de la boisson et on a choisi un emballage très prononcé, avec un visuel clair. » Un point mérite toutefois nuance pour les professionnels : l’argument « le meilleur Nutri-Score du rayon » bute sur une limite que le fondateur reconnaît lui-même. « Le Nutri-Score B, parce que le A, c’est uniquement possible pour de l’eau. Dès le moment où on ajoute quelque chose, on est à B, C, D ou E. »
« On y est déjà. Les acteurs en GMS qui ne l’ont pas vu arriver doivent se dépêcher, parce qu’autrement ils seront trop tard. », Sven Algoet, Sweet Switch
Les ferments et les protéines, deux promesses qui montent
Deuxième pilier : les boissons fermentées, kombucha et surtout kéfir, qui s’installent comme alternatives sans sucre et sans alcool. Lana présente un kéfir en canette, format encore rare. « C’est du kéfir en canette. Vous connaissez peut-être le kéfir de lait. Là, c’est la même base, sauf qu’on va donner à la bactérie de l’eau fruitée, et ça va nous donner une boisson sans sucre, aucun sucre résiduel, et riche en probiotiques. » La distinction avec le kombucha, souvent confondu, tient à la culture employée. « Le kombucha va utiliser un champignon qu’on va nourrir de thé noir, alors que le kéfir, ce sont des graines de kéfir, un mélange de levure et de bactéries, auquel on ajoute de l’eau fruitée. »
« On ne se positionne pas uniquement comme alternative aux sodas, mais vraiment aussi aux vins et à la bière. », Lana, Eau Vertueuse
Le positionnement, lui, est malin : ni tout à fait soda, ni tout à fait soft classique. « On ne se positionne pas uniquement comme alternative aux sodas, mais vraiment aussi aux vins et à la bière. C’est une chouette alternative festive et conviviale quand on veut réduire sa consommation d’alcool, tout en buvant autre chose que de l’eau ou qu’une limonade. » La cible est clairement générationnelle, d’où le format canette et des parfums qui osent la surprise. « C’est très pratique pour grab and drink, des jeunes, des boissons fonctionnelles tout en étant chouette à boire. On a commencé avec des goûts traditionnels comme orange, fleur de sureau, pamplemousse, et là on essaie de donner un coup de jeune avec menthe, citron vert et concombre, qui peut surprendre. » Une stratégie qui épouse une lame de fond : le marché français des probiotiques dépasse 2,6 milliards de dollars, et 51 % des consommateurs français se disent intéressés par les produits de santé digestive, même sans symptôme.