Auchan veut (encore) vendre 91 magasins à Intermarché

Auchan veut (encore) vendre 91 magasins à Intermarché

Le groupe Auchan a confirmé mardi une restructuration majeure de son réseau de supermarchés en France. Face aux difficultés économiques persistantes, l'enseigne du Nord propose la cession de 91 supermarchés au Groupement Mousquetaires, tout en prévoyant de faire basculer 164 autres magasins sous franchise Intermarché ou Netto. Dans une lettre adressée aux collaborateurs, Guillaume Darasse, PDG d'Auchan Retail France, défend un "projet clairement offensif" et un "virage stratégique important".

Un projet revu à la baisse mais toujours massif

Initialement annoncé en novembre dernier, le projet initial visait quelque 300 supermarchés. Le dispositif finalement présenté se montre plus mesuré, avec 255 points de vente concernés au total. Une réduction qui témoigne sans doute des négociations et des arbitrages réalisés ces dernières semaines.

Pour les 164 supermarchés qui resteront dans le giron d'Auchan Retail France, le modèle retenu est celui de la franchise : les magasins demeureront propriété du groupe mais seront exploités sous les enseignes du Groupement Mousquetaires. "Nous ne vendons pas nos supermarchés", insiste Guillaume Darasse dans sa lettre, précisant que les collaborateurs "resteraient salariés d'Auchan. Certes dans une entité juridique autonome, mais bien rattachée à Auchan."

Le calendrier reste encore lointain : la mise en œuvre du partenariat se réaliserait fin 2026, après validation de l'Autorité de la concurrence. Une période d'attente qui génère naturellement "de l'émotion voire de l'inquiétude" chez les salariés, comme le reconnaît le PDG.

"Multi-formats multi-enseignes" : un tournant historique

Guillaume Darasse ne cache pas l'ampleur du changement : "Passer d'une entreprise intégrée 'multi-formats mono enseigne' à une entreprise 'multi-formats multi enseignes' dont les supermarchés seraient opérés en franchise, est un virage stratégique important et un changement culturel significatif."

Pour le dirigeant, ce virage est pourtant indispensable : "Ce virage nous devons le prendre pour notre compétitivité future. J'en suis profondément convaincu." Une conviction qui s'appuie sur un constat sans appel : "Aujourd'hui, nous sommes clairement disqualifiés" sur le positionnement prix, admet-il.

Intermarché et Netto : la promesse d'une baisse de prix immédiate

Le choix du Groupement Mousquetaires repose sur des arguments très concrets. Selon Guillaume Darasse, les supermarchés concernés "bénéficieraient directement de meilleures conditions d'achats avec Intermarché et donc d'un meilleur positionnement prix pour nos clients." Le gain attendu ? "Très concrètement, nous pourrions baisser immédiatement nos prix d'environ 6 %."

Au-delà du prix, c'est toute l'organisation opérationnelle qui serait revue : "Les outils et les process opérationnels [d'Intermarché] sont bien plus adaptés pour ces formats de magasins, et plus agiles au quotidien", estime le PDG. Une manière de reconnaître que le modèle intégré d'Auchan, pensé d'abord pour les hypermarchés, ne convient plus aux supermarchés.

Le partenariat s'accompagnerait également "d'un plan d'investissement puissant pour rénover nos magasins", une promesse qui devra être précisée dans les mois à venir.

Une accélération pour éviter des années d'incertitude

Dans sa lettre, Guillaume Darasse justifie aussi le projet par son effet d'accélération : "Ce projet nous permet donc de réaliser en un temps très court ce que nous aurions tenté de faire sur de nombreuses années, avec des chances de succès bien moindres : retrouver la compétitivité, l'efficacité, des magasins modernes et attractifs, la rentabilité et la pérennité de notre réseau de supermarchés."

Une façon d'admettre que le groupe n'avait ni les moyens ni le temps de redresser seul ses supermarchés. Le PDG va plus loin en affirmant que ce partenariat "profiterait aussi, à terme, aux hypermarchés, dont le modèle doit absolument retrouver une dynamique positive", et contribuerait à "retrouver une rentabilité indispensable à la pérennité et la notoriété d'Auchan Retail".

Un dialogue social promis, mais des mois d'incertitude

Guillaume Darasse s'engage à ce que le projet fasse "l'objet de discussions régulières avec nos partenaires sociaux menées dans le respect du dialogue social, en responsabilité et dans la droite ligne de nos valeurs historiques."

Reste que pour les équipes concernées, l'attente sera longue. Le PDG en a conscience : "Je sais que le temps sera long d'ici l'aboutissement du projet", écrit-il, avant de conclure : "J'ai l'intime conviction que ce partenariat représente une opportunité majeure et un accélérateur décisif pour notre plan de retour à la croissance."

Un révélateur de la crise structurelle d'Auchan

Cette opération illustre la difficulté persistante du groupe Auchan à retrouver une rentabilité satisfaisante dans un marché français ultra-concurrentiel. Pris en étau entre les discounters (Lidl, Aldi) et les acteurs performants du supermarché (Intermarché, Leclerc, Système U), Auchan peine à affirmer un positionnement différenciant.

Le format hypermarché, historiquement au cœur du modèle Auchan, traverse lui aussi une crise profonde. En confiant ses supermarchés à Intermarché, le groupe semble vouloir se recentrer sur ses activités les plus stratégiques, quitte à admettre que d'autres sont mieux armés pour exploiter certains formats.

Pour le Groupement Mousquetaires, c'est l'opportunité de renforcer considérablement sa couverture territoriale, notamment dans des zones où Auchan disposait d'implantations historiques. Une opération qui, si elle aboutit, marquera durablement le paysage de la distribution française.