Les enseignes françaises à l'offensive contre le Mercosur

De Carrefour à Leclerc en passant par Intermarché, les géants de la distribution française ont fait front commun contre l'accord UE-Mercosur.
Les enseignes françaises à l'offensive contre le Mercosur

Depuis novembre 2024, les grands patrons de la distribution française multiplient les prises de position contre l'accord commercial entre l'Union européenne et le Mercosur. Une mobilisation inédite qui témoigne de la pression du monde agricole et des enjeux de souveraineté alimentaire.

Une vague de boycotts coordonnés

Le 20 novembre 2024, Alexandre Bompard ouvre le bal. Dans une lettre à la FNSEA, le PDG de Carrefour s'engage à ne commercialiser « aucune viande en provenance du Mercosur, quels que soient les prix et les quantités ». Un geste fort de solidarité avec les éleveurs français, même si le groupe doit ensuite préciser sa position face aux réactions au Brésil, où Carrefour est très implanté.

Le lendemain, Thierry Cotillard emboîte le pas. Le président d'Intermarché annonce le boycott de « toute viande bovine, porcine et volaille issue des pays d'Amérique du Sud » dans les rayons traditionnels d'Intermarché et Netto. Il va même plus loin en promettant la suppression progressive des viandes Mercosur dans les plats transformés des marques propres.

Déclarations des dirigeants du retail sur le Mercosur
Déclarations des dirigeants du retail sur le Mercosur

Michel-Édouard Leclerc, fer de lance du combat

Le président d'E.Leclerc se distingue par la constance de son engagement. Dès le 24 novembre 2024 sur RTL, il affirme que son enseigne ne vend « à 99 % » pas de viande du Mercosur et qualifie l'accord de « mauvais deal » en l'absence de clause de réciprocité sur les normes.

Un an plus tard, le 16 décembre 2025 sur France Inter, il durcit le ton : l'accord « fait fi des normes que nous devons respecter ». Il promet même un boycott actif des produits sud-américains ne respectant pas les standards européens si le traité était signé. Sur son blog fin décembre, il réaffirme : « E.Leclerc est du côté des producteurs français contre la signature en l'état du traité Mercosur ».

Coopérative U dénonce « le Shein de la concurrence déloyale »

Le 16 décembre 2025, Dominique Schelcher frappe fort avec une formule choc. Sur RMC, le PDG de Système U compare le Mercosur au géant chinois du textile : « C'est un peu le Shein de la concurrence déloyale ». Son message est clair : « On n'achètera pas de produits d'Amérique du Sud à partir du moment où il y a des produits équivalents français ».

Il pointe du doigt l'absurdité d'un système à deux vitesses : imposer de lourdes contraintes aux agriculteurs français tout en laissant entrer des produits soumis à des normes plus souples.

Un front commun au Salon de l'agriculture

Le 27 février 2025, les dirigeants de Carrefour, Intermarché, Coopérative U, Auchan et Casino affichent leur unité lors d'une table ronde au Salon de l'agriculture, aux côtés de Karine Le Marchand. Un symbole fort, même si tous ne s'expriment pas individuellement sur le dossier Mercosur.

Casino, empêtré dans ses difficultés financières, reste notamment discret. Auchan ne formule pas de position publique spécifique sur le traité.

Une bataille autour des normes

Au-delà des postures, le cœur du débat porte sur la clause de réciprocité. Tous les dirigeants mobilisés martèlent le même argument : comment accepter des importations qui ne respectent pas les normes environnementales, sanitaires et climatiques imposées aux producteurs français ?

Thierry Cotillard va jusqu'à interpeller les industriels pour qu'ils fassent preuve de « plus de transparence sur l'origine de la matière première utilisée » dans les produits transformés. Car au-delà de la viande fraîche, c'est toute la filière agroalimentaire qui est concernée.

Une mobilisation qui interroge

Cette offensive unanime soulève des questions. Les distributeurs répondent-ils à une conviction profonde ou à la pression d'un monde agricole en colère ? La réalité du terrain correspond-elle aux engagements affichés ?

Ce qui est certain, c'est que le Mercosur a réussi l'exploit de fédérer un secteur habituellement plus prompt à se livrer une concurrence féroce. Et que les agriculteurs français ont trouvé, au moins dans le discours, des alliés inattendus au rayon viande.