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Ticket de caisse en grande distribution
Ticket de caisse en grande distribution

Pourquoi la fin du ticket de caisse en supermarchés déshabille Paul pour habiller Jacques

Les grandes enseignes de supermarchés en France se sont déjà adaptées à la fin du ticket de caisse, en adoptant des solutions écologiques. Évolution, avantages et enjeux de la dématérialisation.

Jonathan Le Borgne
Jonathan Le Borgne

Programmée initialement le 1er janvier de cette année, puis repoussée au 1er avril, la fin de l’impression systématique du ticket de caisse va finalement entrer en vigueur le 1er août prochain. Ce changement se fait dans le cadre de la lutte contre le gaspillage et les substances dangereuses pour la santé. Mais est-elle vraiment efficace ? D’autant plus qu’en coulisses, la grande distribution s’était déjà préparée à ce changement avec des solutions avantageuses pour elle.

Sauf nouveau report (ça a déjà été le cas deux fois), c’est donc bien le 1er août prochain que le ticket de caisse classique tel que nous l’avons connu depuis l’émergence des supermarchés va disparaître. Cette évolution est une des principales mesures décidées dans le cadre de la loi anti-gaspillage. Il sera toujours possible de demander le ticket si un client le souhaite, mais c'est le caractère systématique de leur impression et de leur remise qui est désormais interdit par le nouveau dispositif.

Pour rappel, c’est la députée LaREM de l'Hérault Patricia Mirallès qui avait proposé l'interdiction de ces tickets. Estimant qu’« un hypermarché a recours annuellement à 10 600 rouleaux de papier thermique », elle y voyait là une initiative écologique allant dans le bon sens. L'impact carbone de la fin du bout de papier dans les enseignes de grande distribution ne serait en effet pas négligeable. Parmi les principaux avantages :

  • La consommation réduite de papier. La production massive de tickets de caisse a un impact significatif sur la déforestation et la consommation d'énergie liées à la fabrication du papier. De plus, leur petite taille rend difficile le recyclage.
  • La réduction des déchets. Les tickets de caisse sont souvent négligés ou jetés immédiatement après avoir été remis au client.
  • La réduction de l’empreinte carbone. La production, la distribution et l'élimination des tickets de caisse contribuent à l'empreinte carbone globale des supermarchés.

Au premier regard, il y aurait donc de vrais avantages à supprimer les tickets de caisse. Mais comme toujours, un regard attentif montre que la réalité est plus complexe qu’elle n’y paraît.

Le ticket numérique, une fausse bonne solution ?

Car la question se pose : et si le développement de l’e-ticket en lieu et place du ticket imprimé ne ferait que déplacer l’impact environnemental d’un support à l’autre ? C’est l’avis de plusieurs experts et organisations :

D’après Green IT, collectif d'experts sur les questions de la sobriété numérique et du numérique responsable, un ticket dématérialisé réduirait de 2 centilitres la consommation d'eau par rapport au ticket traditionnel. Mais il rejetterait en même temps 2 grammes de CO2 en plus dans l'atmosphère.

Une étude réalisée en 2020 par l’association Zéro Déchet Strasbourg arrive à la même conclusion, indiquant que « la pollution numérique engendrée par le ticket de caisse électronique est équivalente à la pollution engendrée par le ticket de caisse traditionnel ».

Kif kif donc ? De plus, au-delà du simple aspect environnemental, la dématérialisation du ticket peut inciter le commerçant à collecter et à pouvoir réutiliser les données des clients pour de la publicité. C’est pour cette raison que la députée Patricia Mirallès rappelle qu’il faut « interdire que ces tickets dématérialisés soient associés à toute démarche marketing pour minimiser le poids du mail ».

La grande distribution prête depuis longtemps

Dans les faits, les grandes enseignes telles qu’Auchan, Carrefour, Lidl, Intermarché, ou encore Leclerc ont déjà anticipé cette transition écologique. Initialement prévue au 1er janvier 2023, la mesure avait poussé les distributeurs à mettre en place des solutions alternatives dès 2022, voire avant. Leur permettant au passage de récolter au passage de précieuses informations personnelles sur leurs clients.

À titre d’exemple, Auchan et Casino avaient été les premières enseignes à se lancer dès 2018 dans l’e-ticket. Auchan avait lancé une campagne de communication pour informer les clients sur les avantages environnementaux de l'option de ticket de caisse électronique. Casino, de son côté, proposait l’e-ticket via l’application Casino Max.

La possibilité d’avoir son ticket directement sur son espace client grâce à la carte du magasin est d’ailleurs aujourd’hui une mesure généralisée chez tous les grands distributeurs : Auchan et Casino donc, mais aussi Carrefour, Lidl, Intermarché, Leclerc, etc. Les distributeurs proposent déjà des informations sur cette procédure de dématérialisation via leurs sites web.

La dématérialisation du ticket de caisse : un risque pour le client?

Pour pouvoir envoyer l’e-ticket, les enseignes ont besoin au minimum du numéro de téléphone ou adresse email du client. Ceci leur permet donc de lui adresser des offres commerciales ou des alertes non désirées s’il ne pense pas à refuser un tel démarchage. Or toutes ces communications dégagent elles aussi des émissions de gaz à effet de serre. La meilleure solution est donc de limiter au minimum les communications que le client souhaite recevoir, de même que les alertes.

Le défi va donc être, comme l’indiquait la députée Patricia Mirallès, de veiller à éviter que les tickets dématérialisés ne soient associés à aucune démarche marketing afin de minimiser le poids du mail.

Et la santé dans tout ça ?

Les bienfaits pour l’environnement liés à la disparition du papier imprimé sont donc loin d’être évidents ou acquis. Le réel avantage, et celui-ci est indéniable, serait donc plutôt à chercher du côté sanitaire.

La moitié des tickets français contiendraient encore du bisphénol A, considéré comme un perturbateur endocrinien par l’Organisation mondiale de la santé. Quant aux tickets portant la mention « garantis sans bisphénol A », ils contiennent des substituts (bisphénol S et F), dont les études récentes ont également montré qu’ils ont des effets néfastes sur la santé.

RSE

Jonathan Le Borgne Twitter

Éditeur de Je Bosse en Grande Distribution. Passionné par la transition numérique des entreprises. Consultant, formateur et stratège en communication digitale pour la grande distribution.

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