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La révolution pas si simple des circuits-courts en grande distribution

Sur le papier, les circuits-courts représentent l'avenir. Dans la réalité, ils sont bien plus complexes à mettre en place qu'il n'y paraît.

Jonathan Le Borgne
Jonathan Le Borgne

La thématique des circuits-courts s’est invitée dans les débats de cette campagne présidentielle dont le premier tour ne saurait trop tarder maintenant. Beaucoup de candidats rejoignent cette idée de promouvoir ce mode de distribution « local » pour soutenir l’agriculture : on y entend de la voix des candidats la volonté d’un « renouveau » ou de « protection agricole », « d’une indépendance », « de localisme », « de souveraineté alimentaire ».

Sur le papier c’est joliment dit, mais dans les faits, tout ça c’est un peu bullshit et aucune proposition concrète n’en ressort pour améliorer le circuit de l’alimentation.

Heureusement en France, les entrepreneurs n’attendent pas que les politiques s’accaparent du sujet pour avancer. De nombreuses initiatives soutiennent déjà cette distribution plus responsable, plus locale et plus sensible aux nombreux enjeux sociétaux.

Voici quelques éléments de réponse pour comprendre ce que sont les circuits courts et quelles solutions envisagées pour les développer.

Les circuits courts c’est quoi ? Un mode de distribution, pas un mode de consommation

Qu’à cela ne tienne pour éviter toute confusion, quand on parle de circuits courts, on parle d’un mode de distribution et non d’un mode de consommation.

Dans une définition simple, les circuits courts représentent les achats effectués par les consommateurs directement auprès du producteur ou par des commerces n’incluant qu’un seul intermédiaire.

Dans ses effets directs, consommer via ce mode de distribution revient également à faire à la fois un geste pour l’environnement en supprimant les longs transports, et à favoriser l’économie locale, l’emploi, et le dynamisme des régions.

Les circuits courts militent également contre la mondialisation, les modes de production industrielle, vise au respect de la biodiversité et veulent la fin du gaspillage alimentaire dans les exploitations.

Dans circuits courts, on intègre des modes de distribution bien connus :

  • la vente directe chez le producteur : selon les régions, de nombreux producteurs proposent la vente directement sur le lieu de production. Cela concerne aussi bien les oeufs, les fruits et légumes, la viande, etc ;
  • les marchés : grand classique des circuits courts, les marchés sont très ancrés dans les façons d’acheter des produits alimentaires des Français ;
  • les AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne ou de Proximité) : ces associations (exemple : La Ruche Qui Dit Oui !), permettent à des consommateurs de précommander des paniers de produits locaux et à les récupérer dans des lieux dédiés ;
  • des commerces 100% productions locales : plusieurs enseignes comme O’Tera ou Frais d’Ici ont fait de la consommation locale une promesse ;
  • la grande distribution : bien que critiquée dans ses relations avec les producteurs locaux, les supermarchés et hypermarchés favorisent depuis des années ce mode de distribution qui référencement de plus en plus les produits locaux ;
  • la vente en ligne : la digitalisation n’échappe pas à la consommation locale. Des sites de vente en ligne spécialisés se répandent partout en France. Exemple avec Epicery, PourdeBon ou La Ruche à la Maison, une déclinaison de la Ruche qui dit Oui.

Quelle est la part du local dans la consommation des Français ?

Très peu d’études chiffrées existent pour comptabiliser la part des produits locaux dans la consommation des Français.

Du côté des achats alimentaires, si les français réclament de manger plus français, plus sain, plus responsable, cela ne représente “que” 10% de la consommation. La grande distribution représente à elle-seule 2/3 des ventes de produits vendus en circuits courts.

Du côté des magasins, bien que toutes les enseignes misent à fond sur le sujet pour soigner leur image, le local représente une faible part du chiffre d’affaires d’un magasin, environ 3% (chiffre selon nos informations, car aucune étude concrète n’existe vraiment sur le sujet).

Pour réussir cette transition alimentaire, les régions ne ménagent pas leurs efforts pour accompagner les consommateurs dans ce mode de distribution. Exemple ici avec une région comme les Pays de la Loire qui a mis en place une carte interactive permettant de retrouver des producteurs locaux près de chez soi.

Pourquoi favoriser les circuits courts dans sa consommation ?

Au-delà de réduire la distance du champ à l’assiette, les circuits courts présentent d’autres avantages :

  • Moins d’emballage, car l’achat en circuit court supprime le transport ;
  • Moins de gaspillage, car les circuits-courts permettent la vente des produits parfois refusés par les centrales d’achats des enseignes, car “moches”, “abîmes” ou “hors calibre” ;
  • De meilleures marges et donc une meilleure rémunération des producteurs : en supprimant les intermédiaires, les producteurs peuvent appliquer leur propre tarif sans avoir à négocier ;
  • Des produits (encore) plus frais : moins de temps dans les transports est synonyme de meilleure fraicheur. Logique ;
  • Transparence et traçabilité : en s’approvisionnant localement, les consommateurs ont l’assurance de savoir d’où proviennent les aliments et dans quelle condition ils sont stockés. Cela renforce également le lien entre producteurs et consommateurs ;

Les circuits courts sont plébiscités par les consommateurs qui y voient un moyen de donner du sens à leur consommation. Néanmoins, tout n’est pas si simple. Bien que séduisant sur le papier, les circuits courts ne sont pas la solution ultime. En effet, consommer 100% en circuit court demeure actuellement impossible, car :

  • il est impossible de tout produire localement (hélas, les ananas ne poussent pas dans le nord de la France) ;
  • on ne peut pas vendre essentiellement en local (ba oui, un vin de Bordeaux se consomme partout en France et donc nécessite du transport) ;
  • certaines régions produisent très peu et ont des capacités de production trop faible pour satisfaire toute une population locale ;
  • les consommateurs ne peuvent pas changer du jour au lendemain leurs habitudes : en effet, les consommateurs accepteront-ils demain de se passer d’oignons dans leur cuisine ? Même si ceux ic proviennent de Nouvelle-Zélande ? La réponse est non ;
  • il faudra toujours des camions pour transporter des marchandises : à moins que les camions roulent demain à l’hydrogène, il faudra toujours qu’ils circulent sur les routes pour acheminer les marchandises dans les entrepôts ;

Quelles solutions pour la grande distribution ?

On l’a expliqué juste avant, la grande distribution représente une part importante de la consommation de produits locaux. Depuis des années, les enseignes affichent leur soutien aux producteurs locaux : campagne de communication, affichage des portraits de producteurs dans le magasin, reportage vidéo sur les réseaux sociaux, etc.

Au-delà de la communication, cela passe aussi par des actions concrètes : journée de rencontre avec les producteurs dans le magasin, animation dédiée, emplacement en rayon estampillé par des stop-rayons, mise en avant locale, etc.

C’est bien, mais si on peut envoyer des Hommes sur Mars, alors on peut sans doute mettre de l’énergie sur Terre pour soutenir les productions locales. Concrètement, le développer des circuits courts passe par :

  • Améliorer la compréhension de l’agriculture auprès des consommateurs et l’impact sur l’économie locale ;
  • Faire de la pédagogie (encore et toujours) auprès des consommateurs sur les enjeux de la communication locale ;
  • Faciliter la mise en relation producteurs-distributeurs : en effet, la digitalisation (via les applications de messagerie et des réseaux sociaux) permet aux populations de mieux d’échanger, alors pourquoi cela ne fonctionnerait-il pas sur le monde professionnel ? Plusieurs start-up accompagnent déjà des magasins à simplifier les relations avec leurs producteurs. Exemples ci-dessous.

Consentio

Consentio : spécialisée dans le commerce de fruits et légumes, la solution référence des producteurs locaux et permet aux magasins de commander des produits directement depuis la plateforme. Consentio aide l'industrie du commerce des fruits et légumes à devenir plus agile et plus efficace. Les principaux grossistes de fruits et légumes sont présents. Plusieurs magasins comme E.Leclerc, Système U, Carrefour (Espagne) sont inscrits. https://fr.consentio.co

Kheops

C’est une solution visant à accélérer le commerce local. La plateforme permet aux magasins et producteurs d’échanger et de commander des produits locaux. Selon nos informations, la solution est actuellement en déploiement chez Système U. https://www.kheops.io

Nectar Go

NectarGo est une solution qui connecte de manière transparente, efficace et digitale les producteurs et les commerçants. https://www.nectargo.fr

  • Référencer les producteurs locaux et mettre les données à disposition de tous : la plateforme frais et local mise en place par le ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation https://www.fraisetlocal.fr est un début, mais l’outil est inutile si on ne développe pas son usage auprès des internautes (communication, trafic management, Ads, etc).
RSEEnseigne

Jonathan Le Borgne Twitter

Éditeur de Je Bosse en Grande Distribution. Passionné par la transition numérique des entreprises. Consultant, formateur et stratège en communication digitale pour la grande distribution.