Moi, employé drive, « je marche entre 15 et 20 kilomètres par jour »

Jonathan Le Borgne
Jonathan Le Borgne

Le ecommerce poursuit sa forte croissance en France. Derrière les courses préparées dans les entrepôts, des professionnels enfilent chaque jour leur basket de sécurité pour faire fonctionner ce qu’on appelle les drives. Des métiers incontournables et des journées mouvementées.

Travailler dans un drive est pour le moins… sportif !

Les drives surfent sur les nouvelles tendances de consommation. Les consommateurs sont aujourd’hui prêts à faire confiance aux enseignes pour déléguer la préparation de leurs courses. La tendance est telle depuis le confinement que le marché représente près de 8% du chiffre d’affaires des magasins.

Mais la croissance soutenue de ce format n’est possible qu’en mobilisant les effectifs et maintenant une forte motivation au sein des équipes. Car oui, derrière les courses en ligne et les chiffres de croissance, se cachent des hommes et des femmes, des clés de voûte incontournables pour assurer les courses. Sans eux, pas de fonctionnement. Nous sommes allés à leur rencontre pour comprendre leur quotidien et découvrir une mécanique bien huilée.

Des métiers nouveaux en grande distribution et des quotidiens rythmés

Le métier de préparateur de commande en grande distribution est encore nouveau dans l’Histoire de la grande distribution. Le métier implique une activité constante, le port de charges, des positions inadéquates… des qualités dignes d’un sportif : « le travail demande une certaine condition physique et il faut aimer travailler vite », témoigne un employé drive qui précise que « sur une journée de 9h, on marche entre 15 et 20 kilomètres par jour (source montre fit) », « il ne faut pas avoir peur de faire des kilomètres », souligne un autre confrère.

Car au jeu des kilomètres parcourus, nombreux racontent en faire plus d’une dizaine : « en moyenne dans nos équipes, on parcourt entre 12 et 15 kilomètres, soit 13 000 à 20 000 pas », explique ce préparateur. Même constat pour une autre consoeur :  « entre 8 et 13 kilomètres pour environ 6h30 de travail, voire plus si le magasin est en picking. En entrepôt c’est plus », insiste-t-elle. Des chiffres qui donnent le tournis aux plus sédentaires. À moyenne de 15 kilomètres par jour réparti 6 jours/7, cela représente presque 100 kilomètres par semaine. Monstrueux !

Vous l’avez compris le métier est sportif en plus d’être exigeant, et bien plus qu’on ne le pense : « si tu as de l’énergie à revendre et que tu aimes bouger, alors ce métier est idéal. Moi j’adore ! », raconte un autre préparateur de commande.

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Les douleurs aux pieds, le mal moderne

Alors forcément, quand on marche autant dans une journée avec des chaussures de sécurité (oui c’est obligatoire sauf certificat obligatoire), cela peut provoquer de nombreux traumatismes à l’organisme. Nous avons plusieurs professionnels qui nous remontent souvent avoir mal aux pieds.

Marcher autant dans des chaussures de sécurité n’est évidemment pas sans conséquence. Il faut « éviter les chaussures trop serrées », explique ce préparateur tout en ajoutant de devoir « mettre des semelles ». Certains complètent également avec « des chaussettes de compression pour relancer la circulation du sang ».

Il n’y a toutefois pas de recette miracle. Certains, le soir, tentent de soulager leurs douleurs en réalisant « des bains de pied avec de l’eau tiède, du gros sel et un peu d’huile essentielle de menthe pour activer la circulation », explique ce préparateur expérimenté qui finit également ses douches « avec de l’eau froide pour soulager les pieds ».

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Le goût du challenge et la nécessité d’avoir une équipe soudée

Comme dans toute équipe commerciale, le goût du travail en équipe est indispensable. Les enseignes ont tout intérêt à faire en sorte de fidéliser les effectifs pour éviter de déstabiliser le fonctionnement du drive. Car côté effectif, dans les allées des entrepôts, l’activité est souvent à flux tendu. Pas de place aux imprévus surtout dans « les périodes de rush ».

Dans un contexte où la grande distribution peine à recruter, la gestion humaine est un point sensible. Certains magasins nous parlent de réorganisation des effectifs en basculant des effectifs de rayon vers le ecommerce afin de compenser les manques de bras. Une gestion parfois nécessaire, mais qui fait fondre les effectifs dans les rayons : « dans notre drive, on marche jusqu’à 21 kilomètres jours. Le drive tourne bien mais il manque au moins une personne dans l’équipe. Nous sommes obligé de se donner à fond chaque jour », s’inquiète cette préparatrice.

Sans aucun doute, le métier est plus complexe qu’on ne le pense. Ces bras (et jambes) sont absolument essentiels dans la transformation du secteur qui aborde un important virage numérique.

Métier

Jonathan Le Borgne

Éditeur de Je Bosse en Grande Distribution. Passionné par la transition numérique des entreprises. Consultant, formateur et stratège en communication digitale pour la grande distribution.