Après 15 jours de confinement, comment les salariés de la grande distribution vivent-ils leur quotidien

Jonathan Le Borgne
Jonathan Le Borgne

Déjà près de 15 jours que les Français sont confinés. La grande distribution, elle, est toujours en première ligne de cette crise sanitaire du Covid-19 qui traverse le pays. Épuisés, fatigués, les salariés du secteur racontent leur quotidien.

Les hommages se succèdent pour ces professionnels que la président de la République, Emmanuel Macron, a qualifié comme la seconde ligne dans cette France touchée par le Covid-19. En effet, le droit de retrait ne s’applique pas pour ces professionnels si l’employeur leur garantit la sécurité sanitaire. 

Alors, chaque matin, ces héros de l’ombre, que les magasins n’hésitent pas à remercier sur les réseaux sociaux, se lèvent avant l’aube pour remplir les rayons à la lumière des néons. Depuis des semaines, ils subissent le rythme effréné des livraisons et des rayons à remplir, ainsi que les remarques des clients qui oublient parfois les mesures imposées par le confinement.

Les deux récents décès de ces professionnels ne les rassurent en rien dans leur quotidien.

La “boule au ventre” avant de se rendre au magasin

“Notre quotidien est de plus en plus difficile” raconte ici Delphine : “malgré que nous ayons des masques et des gants, cela n’a pas empêché la contamination car l’une d’entre nous a été hospitalisé” pleure cette hôtesse de caisse, celles qui sont le plus en contact des clients.

“Chez nous, deux de mes collègues ont été testés positifs, en caisse nous sommes très anxieuses. Des collègues se sont mis à l’arrêt par peur d’être elles aussi contaminées”. raconte cette hôtesse de caisse.

L’actualité et le rythme imposé par le flux continu de clients entraînent “une grande fatigue psychologique” et “un stress total” déplore-t-elle. “Nous avons la boule au ventre tous les matins. Chaque soir on espère rentrer en forme et sans symptômes”.

Malgré les mesures de protection mises en place dans les magasins, nombreuses avouent “ne pas être rassurée” pour autant et d’aller au travail chaque jour “dans la peur”. Pour cette autre salariée, “la solution hydroalcoolique lui assèche la peau. Elle regrette, malgré elle, que les clients s’en foutent ou nous tousse dessus. Alors, je continue à bosser quand même en essayant de garder le sourire, mais au fond j’ai une boule au ventre. Je suis sur les nerfs” explique-t-elle.

Je pense qu’on est tous fatigués physiquement mais aussi psychologiquement. Chaque jour nous accumulons beaucoup de stress malgré que notre magasin nous fournit des masques et des gants” raconte cette hôtesse de caisse tout en poursuivant “je suis une personne à risques. Je fais une réaction allergique au masque et gel hydroalcoolique donc je ne peux pas garantir ma protection. Je continue a bosser en évitant que les clients me collent ou me toussent dessus”.

Lire aussi : Après 15 jours de confinement, comment les salariés de la grande distribution vivent-ils leur quotidien

Des clients irrespectueux malgré les mesures de protection

Ce quotidien difficile s’amplifie avec la pression et l’irrespect des clients: “mesures de protection ou pas, les clients n’ont aucun respect. Ils nous poussent même avec leurs caddie” précise dans un premier temps cette employée.

“C’est pesant”, “les gens nous regardent comme des pestiférés” expliquent même ces deux autres employés de rayon. “C’est de pire en pire. La peur se fait sentir car les clients ne respectent rien. On leur demande de s’éloigner mais ils n’écoutent rien. On doit leur demander 3 fois de reculer d’un mètre des rayons traditionnels”.

Les mesures de protection mises en place dans les magasins permettent de rassurer les salariés “nous avons toutes les protections à géant plexiglas, gants, gel, masque et filtrage à l’entrée” mais cela n’a rien de rassurant explique cette hôtesse de caisse “les gens oublient vite les distances de sécurité”.

Un irrespect constaté dans beaucoup de magasins que de nombreux salariés du terrain nous racontent : “les salariés des rayons sont fatigués et les premières baisses de moral occasionnent de la peur au sein des équipes” précise ce manager.

Des quotidiens en rayon bouleversés

Il est loin le quotidien des supermarchés d’avant confinement. Le quotidien de ces professionnels dont on parlait peu est aujourd’hui dans la lumière. Sauf qu’il est aujourd’hui totalement chamboulé.

“Nos horaires sont maintenant de nuit pour éviter le contact clients” explique cet autre employé de rayon “mais cela ne nous rassure pas plus de venir travailler chaque matin”.

Métier

Jonathan Le Borgne

Éditeur de Je Bosse en Grande Distribution. Passionné par la transition numérique des entreprises. Consultant, formateur et stratège en communication digitale pour la grande distribution.