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La grande distribution prête à prendre ses responsabilités dans le gaspillage alimentaire

Le débat du gaspillage alimentaire est un sempiternel débat au sein du secteur de la grande distribution.
La grande distribution prête à prendre ses responsabilités dans le gaspillage alimentaire

Si les initiatives progressent en matière de pratiques anti-gaspi, elles ne sont pas suffisantes selon une récente étude réalisée par Ispos pour Comerso.

Un chiffre : en France, chaque année ce sont près de 10 millions de tonnes de nourriture encore consommable qui sont gaspillés tout au long de la chaîne alimentaire. La grande distribution en est responsable pour au moins 14% de ce gaspillage alimentaire.

Des yaourts jetés encore consommables, du fromage avec une date péremption ou encore des gâteaux jetés à la poubelle avec le seul risque d’un goût altéré… ce triste sort réservé aux produits alimentaires est un défi de taille à relever au sein de la grande distribution.

En février 2016, de nouvelles mesures pour lutter contre le gaspillage alimentaire ont été mises en place pour améliorer cette situation en interdisant notamment aux distributeurs de jeter des denrées non-périmées. Parmi les principales mesures, les distributeurs ont mis en place des conventions avec des associations pour préciser les modalités de leurs invendus.

La France a été le premier pays européen à intégrer une loi anti-gaspi. Cette loi vise à diviser par deux le volume de gaspillage alimentaire d’ici 2025.

Les dates de péremption dans le viseur

Si les distributeurs sont responsables de ce gaspillage à hauteur de 14%, d’autres acteurs, tels que les dates de péremption sont également pointées du doigts. Selon un récent livre blanc de TooGoodToGo, elles représenteraient 10% du gaspillage alimentaire en Europe.

Ces dates de péremption, définies en interne, posent la question de la légitimité et de crédibilité. Les méthodes de détermination de ces dates sont aléatoires ce qui pose la question de leur fiabilité. L’enjeu économique pour le fabricant est une métrique à prendre en compte. Car plus la date est courte, plus elle garantit une rotation des stocks chez le distributeur. La confusion existe et le consommateur l’a bien saisi.

L’enjeu est tel que repousser ces dates pourraient faire l’économie de 80 000 tonnes de nourriture par an, pour un gain financier de 100 millions d’euros selon le Livre Blanc soutenu par l’association France Nature Environnement.

Exemple en date, Carrefour a récemment prolongé de plusieurs jours la durée de 500 produits estampillés marque de distributeur, et ce sans en changer leur composition. La date limite des yaourts a notamment été allongée entre 7 et 10 jours, et les crèmes desserts ont gagné entre 2 et 8 jours.

Trois ans après la loi Garot, que s’est-il passé ?

Il y a de nombreux enseignements à tirer. Les pratiques se sont multipliées.

De 1, de nombreuses actions anti-gaspi ont été déployées l’année passée au sein des supermarchés et hypermarchés. 7,2 actions par magasin en 2018, contre 5,4 en 2017. Parmi les actions privilégiées : une meilleure gestion des stocks, les dons aux associations et l’étiquettage des produits à dates courtes.

Les grandes surfaces spécialisées ont elles en revanche un volume d’actions relativement stable.

De 2, le don aux associations devient un réflexe au sein des enseignes. Longtemps boudées, elles deviennent peu à peu une réalité, mais cette collecte n’est pas encore organisée quotidiennement.

Du côté des grandes surfaces spécialisées, le don aux associations n’est pas encore très répandu. Certaines marchandises sont encore détruites.

De 3, le zéro déchet ce n’est pas pour tout de suite mais il représente un enjeu de taille pour 2019. Pour tendre vers cet objectif, c’est la collecte des produits frais qui constitue un défi de taille au sein des supermarchés et hypermarchés.

Selon un manager en grande distribution contacté, aux rayons fruits et légumes l’hypermarché jetait « deux grosses bennes » chaque semaine. Désormais, les fruits et légumes sont presque tous donnés à la banque alimentaire. D’autres managers assurent aussi que cette loi n’a rien changé pour eux car  « cela fait des années que nous donnons aux banques alimentaires et aux restos du coeur».

Ces starts-up qui font la chasse aux gaspi

Zéro-Gâchis fait partie des pionniers en France. La start-up  a pour mission de réduire le gaspillage alimentaire en aidant les grandes surfaces à gérer leurs invendus.  Zéro-Gâchis est un service gratuit qui référence dans une zone géographique les produits à consommer rapidement.

Une autre Start-up française, Phenix permet également de réduire le gaspillage auprès des industriels en récupérant les invendus. la start-up tricolore a récemment levé 15 millions d’euros auprès d’Environmental Technologies Fund, BPI France, Sofiouest et Arkéa afin de se déployer à l’international. Elle est considérée comme l’un des 50 entreprises à forte croissance à suivre en 2019.

Toujours est-il que les industriels et la grande distribution prennent leur responsabilités pour lutter contre le gaspillage alimentaire.

Si le zéro gâchis est encore un luxe, force est de constater qu’il y a aussi des bonnes actions à prendre en compte et qu’il y a de bons élèves en la matière. Le gaspillage est l’enjeu de tous.