En 1990, les Français consacraient 23,2% de leur budget alimentaire à la restauration hors domicile. En 2024, cette part atteint 32,7%. Près d'un tiers. En une génération, le rapport des Français à l'alimentation s'est profondément transformé. On cuisine moins, on sort plus, on commande davantage. Cette mutation silencieuse bouleverse toute la chaîne alimentaire, de la grande distribution aux producteurs, en passant par l'industrie agroalimentaire. Bienvenue dans l'ère du « hors domicile ».
Un tiers du budget alimentaire hors de chez soi
32,7% en valeur, c'est colossal. Cela signifie que sur 100 euros dépensés pour se nourrir, près de 33 partent dans la restauration : restaurants traditionnels, fast-foods, cantines d'entreprise, food trucks, livraison à domicile. Tout ce qui ne passe pas par les fourneaux de la maison.
La progression est spectaculaire : +9,5 points en 34 ans. Et la courbe ne montre aucun signe de ralentissement. Au contraire, chaque année qui passe confirme la tendance. Les Français s'éloignent de leur cuisine.
Cette évolution n'est pas uniforme selon les âges, les catégories sociales, les territoires. Les jeunes actifs urbains peuvent facilement dépasser les 50% de leur budget alimentaire hors domicile. À l'inverse, les retraités en zone rurale restent largement en dessous de la moyenne. Mais la tendance de fond est la même partout : on mange de plus en plus ailleurs que chez soi.
Le fractionnement des repas, nouveau paradigme
Au-delà de cette bascule vers le hors domicile, c'est toute la structure même des repas qui se transforme. « On n'est pas au niveau des Américains, mais de plus en plus, on fractionne nos prises alimentaires », observe Emily Mayer, Directrice Business Insights chez Circana que nous avons reçu récemment sur une série de podcasts.
Cette déstructuration des repas traditionnels ouvre la voie à de nouveaux modes de consommation. « Les axes de consommation qui sont très porteurs, c'est le snacking, parce qu'il y a une déstructuration des repas, une multiplication des petites prises alimentaires au fil de la journée », poursuit-elle.
Le phénomène se traduit concrètement dans les linéaires. « Toutes les catégories autour du snacking sont en plein boom : les salades, les sandwichs, les petites tartes, my pie, ce type de produits », détaille Emily Mayer.
Le déjeuner d'abord, puis le reste
Le premier levier de cette transformation, c'est le déjeuner en semaine. La généralisation du travail hors du domicile, l'urbanisation, l'éloignement entre lieu de vie et lieu de travail : autant de facteurs qui rendent le déjeuner à la maison quasiment impossible pour une majorité de Français actifs.
Cantines d'entreprise, restaurants d'entreprise, boulangeries, sandwicheries, restaurants rapides : l'offre s'est diversifiée, les prix se sont adaptés à tous les budgets. Même pour ceux qui apportent leur gamelle, l'achat d'un sandwich ou d'une salade toute prête reste fréquent.
Mais le phénomène ne s'arrête pas au déjeuner. Le dîner aussi bascule progressivement vers le hors domicile. Pas forcément au restaurant traditionnel, mais via la livraison à domicile qui explose depuis une décennie. Deliveroo, Uber Eats, Just Eat : ces plateformes ont transformé le rapport au repas du soir. Commander plutôt que cuisiner devient la norme pour une part croissante de la population, particulièrement urbaine et jeune.
Le petit-déjeuner lui-même n'échappe pas à la tendance. Cafés pris au comptoir, viennoiseries achetées en boulangerie : ce qui était occasionnel devient pour beaucoup une habitude quotidienne.

Pourquoi on cuisine de moins en moins
Derrière ces chiffres se cache une transformation profonde des modes de vie. On travaille plus loin de chez soi, on rentre plus tard, on a moins de temps. Ou plutôt, on a l'impression d'avoir moins de temps. La fatigue, le stress, l'envie de profiter de ses soirées autrement qu'en épluchant des légumes : tout pousse à externaliser la préparation des repas.