Arnaud a consacré une grande partie de sa carrière au Drive. Entre analyse stratégique au siège et expérience terrain au cœur des flux logistiques, il porte sur ce modèle un regard rare : à la fois technique et commercial, lucide et prospectif. Dans cet échange sur le podcast, il revient sur 20 ans de domination Leclerc, sur les limites du tout-automatisé, et sur l'immense potentiel encore inexploité du Drive comme levier commercial de proximité.
Un modèle qui a explosé, mais qui reste incompris
« Le Drive a pris beaucoup de place dans mon existence ces dernières années. C'est un modèle qui me passionne profondément », confie Arnaud d'emblée. Une passion nourrie par une double expérience : d'abord au siège, où il a pensé le Drive de manière théorique, puis sur le terrain, « en découvrant le cœur du réacteur logistique ». Cette immersion lui a permis de saisir toute la complexité d'un modèle qui a connu une croissance fulgurante.
« On est partis des packs d'eau… et aujourd'hui un Drive propose 14 000 références. C'est devenu un nouveau modèle de commerce. » Un modèle qui n'a plus rien à voir avec le service d'appoint qu'il était à ses débuts. Aujourd'hui, le Drive est une affaire de volume, de flux, de capacité industrielle. Et dans ce jeu-là, un acteur a pris une longueur d'avance considérable.
« Les adhérents Leclerc ont profité d'une fenêtre réglementaire pour ouvrir des centaines de Drives, en se disant : on apprendra en marchant. »
Cette stratégie opportuniste a porté ses fruits : « Plus de 45 % de part de marché depuis quinze ans, on est quand même sur une domination conséquente. » Une domination qui s'explique autant par l'audace que par la capacité à industrialiser rapidement un modèle encore balbutiant.
Mais aujourd'hui, la donne a changé. « À ce niveau de part de marché, l'enjeu n'est plus de se déployer, mais de passer des caps : 1 000, 1 500, 2 000 commandes par jour. » Le Drive est entré dans une phase de maturité où la performance opérationnelle prime sur l'expansion géographique.

Le Drive n'est pas du e-commerce
Pour Arnaud, une chose est certaine : « Le Drive n'est pas du e-commerce alimentaire. C'est un modèle à part entière, coincé entre le picking magasin et les entrepôts géants type Amazon. » Cette distinction est essentielle pour comprendre les défis actuels. Le Drive n'est ni un magasin, ni un entrepôt. Il doit conjuguer la réactivité du commerce de proximité et l'efficacité de la logistique industrielle.