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# Grande Distribution au SIA : les trois piliers pour soutenir les agriculteurs
- URL: https://www.jebosseengrandedistribution.fr/2025/02/26/grande-distribution-au-sia-les-trois-piliers-pour-soutenir-les-agriculteurs/
- Published: 2025-02-26T14:28:12.000Z
- Updated: 2025-02-26T14:29:23.000Z
- Description: Matinée d'échanges autour de Karine Le Marchand avec 5 patrons d'enseignes de la grande distribution.
- Author: Jonathan Le Borgne
- Tags: Enseigne

Le 26 février 2025, au cœur du Salon de l’agriculture à Paris, un événement inattendu a attiré l’attention : cinq dirigeants de la grande distribution française ont présenté des « engagements » destinés à soutenir les agriculteurs en difficulté. Portée par l'animatrice **Karine Le Marchand**, fervente défenseure du monde agricole, cette initiative a suscité autant d’espoirs que de scepticisme. 

Mais dans les faits, que représente réellement ce plan d’action pour les agriculteurs français, et quelles sont les motivations des distributeurs ? Retour sur les principales réactions de cette intervention très médiatisée.

## **Une initiative conduite par Karine Le Marchand : « Arrêter d'attendre des politiques »**

« Depuis 16 ans que je présente *L’Amour est dans le pré*, j’ai vu passer six ministres de l’Agriculture, et il ne s’est pas passé grand-chose », a déclaré Karine Le Marchand lors de la conférence. Face à la lenteur des réformes et aux difficultés persistantes du monde agricole, l’animatrice a pris les devants en réunissant les patrons de **Carrefour**, **Intermarché**, **Coopérative U**, **Auchan** et **Casino**. Une absente notoire : **Michel-Édouard Leclerc**, dont le groupe E.Leclerc a choisi de ne pas se joindre à cette démarche.

Le message de Karine Le Marchand est clair : « Il faut arrêter d'attendre que les politiques agissent. L'arme suprême, elle vient des consommateurs et de leur porte-monnaie. » Sa vision repose sur un levier puissant : mobiliser les citoyens à travers leurs choix de consommation.

## **Trois piliers pour soutenir les agriculteurs**

Les distributeurs se sont accordés sur trois actions phares, prévues pour 2025.

### **1\. « L'amour est tout près » : aider les agriculteurs en difficulté**

Le premier dispositif vise les agriculteurs rencontrant des difficultés financières et employant au moins deux salariés hors saisonniers. Ces derniers pourront vendre directement leurs produits dans les enseignes partenaires situées à moins de 100 km de leur exploitation. **Karine Le Marchand** précise : « Le prix ne sera pas négocié, il n’y aura pas d’intermédiaire, et ils seront payés sous 30 jours. »

Pour **Dominique Schelcher** (Coopérative U), cette mesure est un geste concret : « On va leur ouvrir les portes de nos magasins pour écouler leur production, au prix qu’ils fixeront eux-mêmes. »

Un label spécifique, « L’amour est tout près », sera affiché sur les produits pour inciter les consommateurs à soutenir cette démarche.

### **2\. Une « alerte surproduction » pour faire face aux excès de production**

Les aléas climatiques et les fluctuations du marché provoquent régulièrement des surproductions, notamment de fruits et légumes. **Alexandre Bompard** (Carrefour) explique : « Cela entraîne des déséquilibres de marché et le prix s'effondre, dégradant ainsi le revenu des agriculteurs. »

Pour pallier ces crises, l’établissement public **France Agrimer** pourra déclencher une alerte lorsque les prix chuteront de 15 à 20 % sur plusieurs jours. L’objectif est double : informer les consommateurs et stimuler la demande pour absorber les excédents.

« Nous avons besoin que les grands organes de presse s'engagent », plaide **Bompard**. De son côté, **Karine Le Marchand** sollicite la mobilisation des médias : « On va demander aux médias d’être partenaires. Ce sont les consommateurs qui auront le plus grand pouvoir. »

### **3\. Création d'un « observatoire des filières d’avenir »**

Dernier pilier de cette charte : la mise en place d’un observatoire pour identifier et soutenir les filières agricoles en devenir. Cet outil vise à orienter les agriculteurs vers la diversification et à anticiper les besoins du marché. **Karine Le Marchand** donne rendez-vous en 2026 pour un premier bilan : « J’espère qu’au prochain Salon de l’agriculture, nous pourrons présenter un véritable rapport. Nous allons créer un observatoire. »

### **L’absence remarquée de Michel-Édouard Leclerc : divergence de stratégie**

Le leader de la grande distribution, E.Leclerc, n'a pas participé à cette initiative. **Karine Le Marchand** regrette cette absence : « Problématique, car au départ, nous avions prévu un quatrième pilier sur la transparence de l’origine France, que nous avons dû abandonner. »

De son côté, **Michel-Édouard Leclerc** qualifie l’initiative de « bonne » mais rappelle que son enseigne dispose déjà de dispositifs similaires. Il précise : « C'eût été contre-productif de faire comme si on lançait cette initiative… Nous avons déjà des réseaux de producteurs locaux bien structurés. »

**Alexandre Bompard** reste confiant : « Il n’est pas là ce matin, mais il sera là demain. Les consommateurs en tireront les conséquences ».

> NON, ce n'est pas un "coup de communication", nous n'avons pas besoin de cela pour agir avec le monde agricole !  
> Quel dommage que cette posture et ces critiques permanentes... Il y a des discussions commerciales d'un côté, et une belle opération collective de soutien de nos… <https://t.co/wsVTXrj52F>
> 
> — Dominique Schelcher (@schelcher) [February 25, 2025](https://twitter.com/schelcher/status/1894377077278749015?ref%5Fsrc=twsrc%5Etfw)

### **Des critiques acerbes de la part des industriels**

Si cette initiative a été saluée par certains, elle n’a pas échappé aux critiques des industriels. Alors que les négociations commerciales s'achèvent le 1er mars, **François-Xavier Huard** (Fnil) a lancé avec ironie : « L’amour est peut-être dans le pré, mais pas dans les salles de négociations. »

L’**Association nationale des industries alimentaires (Ania)** dénonce ce qu’elle considère comme un « énième coup de communication des distributeurs pour détourner l’attention. »

Ces tensions rappellent que la grande distribution, qui absorbe 36 % de la production agricole, joue un rôle clé mais controversé dans la chaîne alimentaire.

Cette initiative suscite une question centrale : s’agit-il d’un véritable plan de soutien ou d’un coup de communication ? **Karine Le Marchand** répond sans ambages : « Je ne suis pas politisée, je ne suis pas un industriel et je fais tout bénévolement. Je le fais avec sincérité, et je pense que les agriculteurs la perçoivent. »

En définitive, la réussite de cette charte dépendra de la mobilisation des consommateurs et de la volonté des enseignes à faire perdurer ces engagements au-delà de l’effet d’annonce. Alors que le gouvernement prévoit de réviser les lois Egalim avant l’été, la question de la juste rémunération des agriculteurs reste plus que jamais d’actualité.

**Rendez-vous est pris en 2026** pour mesurer si ces promesses se sont transformées en réalité durable pour le monde agricole.